jeudi 20 juillet 2017

les maïs

que le voisin élève des reptiles 
que le voisin lui rend pas ses outils
que l'autre voisin se fout toujours de son accent
qu'il est allé lui dire ses quatre vérités 
qu'il les connaît lui aussi les insultes 
qu'un autre de ses voisins est mort
Silvio
que la famille est en train de vider la maison
qu'un jour ça sera son tour
qu'il a trop fermé sa gueule
que les maïs sont hauts
qu'il va rentrer le linge
que des gamins lui ont caillassé la bagnole pour s'amuser
que ses petits-enfants ne l'aident au jardin que pour le fric
qu'il a toujours aimé ça gratter la terre
qu'il a planté des fèves
qu'il a voté sans conviction aux dernières présidentielles
qu'il ressemblait à Luis Ocaña quand il était jeune
qu'il aurait bien fini sa vie avec son ex
paix à son âme
que le poissonnier est un filou comme tous les poissonniers 
que son ex belle-fille l'a traité d'enculé un jour en faisant semblant de se cogner contre la table de la cuisine
qu'il a trop fermé sa gueule
que les maïs sont hauts
qu'il va rentrer le linge
qu'il ne mange plus du tout de charcutaille 
que des rillettes de canard de temps à autres
que pour le boulot
il a fait plusieurs fois le tour du monde
Chine Egypte Koweït Panama
que ses vertiges désormais ne lui permettent pas d'aller beaucoup plus loin que le supermarché du coin
qu'il voudrait bien se débarrasser de son grand buffet 
qu'il raconte son expérience de coffreur pendant la construction du barrage de Calacuccia
qu'il raconte sa rencontre avec le batteur Jo Jones
qu'il budgétise le remplacement des radiateurs  de sa maison
que ses souvenirs l'attachent en permanence à un poteau de torture
et qu'il a trop fermé sa gueule
et que les maïs sont hauts
et que les tournesols aussi
et qu'il va rentrer le linge

lundi 17 juillet 2017


photo SC

Rose

elle s'appelle Rose 
elle a 42 ans 
son père était un gros fan de Bruce Springsteen ou bien de Claude Nougaro 
son père était un gros fan de westerns 
son père était gros  
son père était réticent à l'idée qu'elle entreprenne des études de journalisme à Bordeaux ou bien à Lille  
son père voulait absolument qu'elle se marie 
avec le fils Bernardi 
Rose 
sa mère lui tirait régulièrement les cartes pour lui faire passer des messages 
son beau-père a toujours voulu la rendre célèbre
son beau-père a toujours voulu lui faire le cul
autant dire que Rose n'attend pas grand chose de la société 
surtout pendant les vacances

elle préfère la solitude 
ou bien la chaleur des petites fesses des fleurs
et les petits corps 
et les grosses têtes des femmes sexy qui parfument leurs bouches en tétant leur soupe sucrée 

oui ses goûts ont souvent posé problèmes

murs dans toutes les directions ou bien
horreur du système qui refuse le conflit    

le mouvement n'implique pas forcément le changement
révélation qui l'asphyxie en la remontant à l'air libre 

elle n'a pas encore mangé
elle n'a pas encore demandé le divorce
trop brune 
trop maigre 
elle ovule tranquille entre les baraques 
dans les rues vides où les étoiles sont des fruits 
giratoire dans le ciel
verres de vin et petit pétard 
pour y voir plus clair ce soir
va falloir que quelque chose brûle

mardi 27 juin 2017

turfiste

ton amour des plans foireux n'est plus à prouver  
tes passions t'ont rarement mené au bonheur 
tes certitudes non plus remarque

tous les jours
c'est bataille contre le pain sec 
tous les jours
c'est bataille contre le lait froid 
tous les jours 
c'est bataille contre la résignation
et l'étuve 
et l'abîme  

t 'es pas violent mais t 'as l'énergie imprévisible  des enfants battus qui sont devenus des écorchés doux  

tu regardes le feu qui tombe du ciel
tu observes l'indolence avec laquelle la buse variable chasse les micromammifères  
tous ces trucs de mec contemplatif  
journée à 13787 pas

c'est parfait
c'est parfait mais faut tout recommencer
ils te disent ça avec leurs yeux bleus qui font peur
et plus ils t'expliquent 
et moins tu comprends
ils disent que tu compliques tout avec ta fragilité 
ils t'ordonnent d'arrêter de crier
tu cries pas tu dis 
tu affirmes tes doutes
stabat mater qui te fait pogoter comme un requin-marteau  

tu as douze ans
ton père te montre des prostituées le long du canal 
ton père te fait comprendre que ta mère fait pareil mais gratuitement   
tu as douze ans 
et y a des objets qui te font voyager
journée à 2792 pas 

tu ne parles plus d 'espérance 
tu ne parles plus d'impasse 
tu parles chien aux fleurs et fleur aux chiens
c'est mieux que les murs 
et puis tu l'aimes elle 
et puis tu l'aimes elle
sa Gibson 
ses poèmes grunge 
ses godillots 
ses mollets à péter la mâchoire des grands prédateurs 
et puis ses seins qui sentent toujours bon la viennoiserie et l'aventure 

super émue 
elle insiste pour te préparer un petit plat
quintaux de soleil sur ton plexus 
journée à 18192 pas

il y a 48 ans jour pour jour c'était la nuit 
et ta petite gueule naissait aux forceps  
quasiment au milieu des chevaux
un bol de soupe aurait pu te contenir 
ta mamie te raconte ça avec ses mains
cabane dans les arbres où tu dors en sécurité 

le projet c'est qu'il n'y en a aucun 
à part celui de tuer les gens sans les tuer 
c'est-à-dire en éradiquant leur psychocharisme  

les radiateurs t'envoient des messages de confirmation 
ce que tu es te rend de plus en plus seul

les couleurs vont trop vite 
traction thermique comme dans les trains régionaux  
ça te fait chialer en même temps que sourire les sourcils
journée à 11718 pas 

tu viens d'apprendre que ton vrai prénom c'est Redouane et non pas Jean-Michel
et tu es comme qui dirait guéri 
sauf que tu n'as jamais été malade   
triste puzzle

dimanche 11 juin 2017

photo SC

la grâce de tes jours

paraît que tu ne ressembles pas à ta photo
paraît que ta barbe blanchit à vue d'œil  
paraît que t'as refusé un poste à la SNCF
paraît que t'as un penchant pour les lesbiennes qui sucent
paraît que t'as fait l'armée​ 
paraît que t'as aimé ça mais pas au point de la refaire
paraît que tu peux toucher ton nez avec ta langue
paraît que ton nez tordu c'est suite à un cunnilingus qui a mal fini
paraît que t'es un poète très ordinaire toi
un poète pas très crédible aussi
vu que tu bosses en hypermarché 

été précoce
le ciel bleu est un gros bloc 
le ciel  bleu est un gros con
les déjections canines grésillent sur les trottoirs
à la plancha
à l'arrêt de bus 
une femme enceinte se gratte la fouffe à travers sa jolie robe mauve 
le peuple bermuda a repris les rues
et ce spectacle essaie de te tuer 

tu te défends tant bien que mal contre leurs carrures leurs polos roses leurs espadrilles leurs lunettes de soleil leurs tatouages leurs statuts de demi-dieux aux valeurs spécieuses
du genre à socialiser les pertes
du genre à confisquer les gains 

oraison jaculatoire
tu rentres chez toi trinquer avec un cendrier plein de pisse
au passage tu dégondes une porte sans trop savoir pourquoi 
et puis tu pars à la douche 

joie de vivre
doigt dans le cul en pensant à Gwenn la gouine

qu'elle repasse dans le coin
tu serais pas contre

au cas où 
tu refais ta coiffure pubienne 
au cas où
tu coupes les ongles de tes pieds
et ton coupe-ongles​ t'explose littéralement à la gueule  
tu n'en tires strictement aucune conclusion

un de ces quatre
tu te verrais bien devenir disciple d'un ermite 
ou alors arbitrer des matchs de ping-pong vaginal   

tu as toujours su que tu n'aurais pas d'enfants
tu as toujours su que t'avais une malédiction à briser 

généraliser est une erreur
ne pas le faire en est une autre 

huis-clos partout quand soudain tu prends une décision qui te semble importante 
remettre de l'ail dans ta bouffe 
mais wé putain 
le plus vieux médicament du monde

bruits de journaux froissés dans les arbres où les tourterelles s'enculent

t'es un mec du XX ème  siècle toi 
tu rêves de slows et de machines à écrire

jeudi 1 juin 2017

(à ma petite zonarde de l'éducation nationale )

c'est bien nous ça
comme neufs
comme hallucinés du cadeau de nous-mêmes
dans les rues vides de la sève violette
ou à l'hôtel comme des héros en levrette
partouze à deux


c'est bien nous ça
souffrant d'un joyeux syndrome
foutre de cheval à gueuler partout dans la gare glacée

ou dans le fameux cabaret à larynger nos bluettes punkoides avec l'alcool de nos ventres
avec la sauce de nos souffles
ou dans le calque des souterrains parsemés d'étoiles cruciformes


nous affamés sur la route
sur les roues
sur les rails
derrière la baie vitrée du restoroute
au chaud
à se plaire dans l'écrasé de pommes de terre et de la connexion mentale
et du poulet grillé
et de tout l'or de l'orgasme vaginal 


toute une journée comme ça
contre la montre
dans le contre-jour enfumé
à bisouner nos verges à la base
et à jouer le contre dans la neige ensoleillée
joue contre joue dans des aires d'autoroutes absolument désertes
le lundi
en revenant de Lyon ou de la lune
dans la féerie de l'industrie lourde

et dans la féerie de l'enculade 

c'est bien nous ça
morts de rire en sanglots
avec le sang au volant de l'évidence qui berce nos poitrines
euphorie à faire foisonner le piano de nos poumons fatigués
euphorie
malgré les trains à prendre au vol et les dates butoirs qui nous cassent déjà la gueule


nous déjà mélancoliques car déjà périssables
et donc absolument parfaits pour ça
pour se pourlécher la lisière comme des ours emmitouflés sur la banquette arrière
à s'aplatir les seins
à se faire des trucs purs
à se faire des trucs salaces
à se faire les os super légers


moment m
instant t
à se dire au revoir la bouche pleine de buée
avec nos voix de roues voilées
nos voix d'oiseaux tombés du ring


c'est bien nous ça
à l'ouest de rien
à attendre que dalle
c'est bien nous
permaculture dans les cimetières

dimanche 28 mai 2017

adventices

dimanche midi
d'un coup la terre s'est aplatie
d'un coup la mélancolie est un poison qui soigne

restaurants aux noms ronflants
connards agressifs en terrasse
leurs pantalons repassés le prouvent
cerveaux confits par le vin rouge
le bide pété par les cèpes et le foie gras poêlé 
ils ne changent pas
ils se trouvent sexy
ils ont toujours plein de projets
ils ont bien raison


à la laverie 
en attendant que se finisse ma lessive
je discute avec un vieux qui m'explique sa passion pour les montres à gousset
il déplore également le fait qu'il n'ait pas de petits-enfants à qui transmettre ça
c'est fini les enfants il me dit et je sais que vous savez 
ça se voit il me dit
vous avez coulé tout ça dans une chape de béton mental à cause de votre enfance à vous

à part ça il lit Platon dans le texte

à part ça il vote extrême-droite

à part ça il me trouve bel homme 

en tant que directeur des ressources humaines
dieu est un gros déconneur 
je me dis des fois

et puis personne n'échappe vraiment à sa propre caricature
je me dis aussi

et puis rêve en sursaut dans un puissant parfum de mauvaises herbes que la pluie cuisine

tartes soupes beignets 
petite pluie fine exactement comme j'aime

matricule

poète professionnel
papy exhibos
salope du subjonctif
vendeuse de rêves en mousse
Bruce Lee du futur
schizophréne alcoolique en équilibre sur la rambarde du 16 ème étage
tout le monde te raconte sa vie


t'es chez toi
t'es tout seul
t'es à l'hosto

t'es en prison
t'es dans ta famille
t'es dans ta bagnole
tu aimes la bière
tu aimes les filles
tu aimes ton prochain mais pas ta voisine
tu manges passqu'il faut
tu n'as plus du tout peur du vide
passque le vide c'est là que tu vis
 

mignonnettes de pastaga dans les jardinières
matière fecale sur les poignées de porte


en vacances 
la police te confond avec un proxo local 
tu passes 24 heures en gardav'

t'essayes de te faire pistonner par ton ex à qui tu n'as pas téléphoné depuis trois ans
elle t'annonce qu'elle est enceinte
et qu'elle va bientôt être maman
et elle te raccroche à la gueule


une nana obèse en nage est persuadée de te connaître de chais-pas-où
tu lui dis que tu bosses ici depuis 20 ans
elle te répond d'un air soupçonneux
oui mais même


les films bouleversants t'ensuquent 

le secret c'est qu'il n'y a pas de secret
la polyvalence c'est juste l'autre nom du sous-effectif

au large la mer fait des morts
et les bactéries extraterrestres qui ont jadis ensemencé l'eau des volcans te font grave rêver


tu es tellement patient
que tu n'as plus besoin de psy


l'aurore se casse
l'aurore s'éteint comme le cul d'un bon vieux joint
tu t'appelles 4182

et le soleil te pue

jeudi 18 mai 2017

photo SC 

arbalète

il tenait absolument à la rencontrer 
passqu'il aime sa présence
passqu'il aime vraiment sa poésie
passqu'il souhaiterait glisser son nom à l'oreille d'un certain  éditeur

il tenait à la rencontrer mais en toute amitié hein
"amitié" souligné deux fois 
passque maintenant il est marié tu comprends
passque maintenant il est papa

il trouve également qu'elle lui ressemble beaucoup 
lui aussi a su saisir toutes les opportunités du terrain

femmes de ménage
militaires
nous faisons tous partie du même cercle de lumière sur la terre humaine
il lui dit et disant cela 
il la prend par la taille 
et disant cela il appuie ostensiblement 
son pénis à lui contre sa hanche à elle
et elle 
elle a l'impression de choper un cancer 

deux heures pour rien
putain d'écrivain érotomane

la ville est très triste
élections sans surprise qui vont permettre aux  nouveaux élus de continuer à nuire aux électeurs

maintenant elle est défoncée
maintenant elle a faim
maintenant elle mange des frites qu'elle trempe dans un mélange mayo/ketchup

des jeux de grattage
des jeux et des applications de jeux
autour d'elle 
dans la cafétéria
des jeux transforment les gens en jouets
elle se concentre sur le ciel derrière le barreaudage
un ciel vide
un ciel sans oiseau
un ciel blanc qui fait ciller tout le monde
pas elle 
elle a une ligne de mi à bosser sur son nouvel ampli
et éventuellement une non-famille à fonder avec Manon 
elle se comprend
elle se sourit 
son soutif est une arbalète

samedi 13 mai 2017

c'est la viande qui fait ça

tu crois visiter et tu ne fais que passer
tu as un code
tu as un casier
tu as la chance de rencontrer des petites nanas sympas qui te montrent les gestes qui vont te transformer en robot


y a des émotions qui sont des chocs organiques 

y a des réactions terribles qui sont comme des crises 
y a des animaux qui s'arment de couteaux
 

tu veux pas être là
tu veux pas faire ça
tu peux pas partir
tu n'as rien d'autre
tu oublies
tu t'habitues aux sales parfums qui font fuir le sommeil quand ton corps est froid la nuit


rendement rendement
calcaire dans certains os qui en meurent


tu n'as pas le temps pour les enfants
tu n'as pas le temps pour lire le contrat moral
les petits secrets à garder par-devers soi
les astuces bien dégueulasses de la direction qui rigole de ses propres blagues 


blagues 
ça veut dire aberrations en vrai

les améliorations mécaniques qui aggravent les conditions de travail
c'est la viande qui fait ça 


la spirale infernale pour rentabiliser les investissements
c'est la viande qui fait ça 


les parts de marché gagnées qui au final font perdre de l'argent
c'est la viande qui fait ça 


et puis petit à petit ta tête s'éteint
tu regardes les chiffres
tu regardes les anciens
tu regardes le système des primes
et le cadre qui te bouscule exprès pour te faire disjoncter
et le délégué qui ferme sa gueule au lieu de faire remonter les infos à la médecine du travail


personne ici ne va jamais jusqu'au  bout
le jeudi tu deviens dangereux pour toi
dangereux pour toi et pour tes collègues
dangereux 

ça veut dire inapte en vrai

une vie que tu ne connais pas commence
brûlure bleue à l'intérieur

jeudi 4 mai 2017

flemme de tout


trois tasses de thé vert
une mandarine
une poignée d'amandes
une tartine de miel


je devais envoyer une attestation d'assurance à mon bailleur
finalement non
je devais fournir un relevé d'identité bancaire à mon assureur
finalement non


flemme de tout ça
flemme de tout


je passe sous la douche sans me laver
journée sans produit que je décrète

se passer de l'industrie
ça aussi c'est avoir de l'hygiène 


je vais aux arbres
peupliers en fin de vie le long de la piste cyclable
printemps pourri qui me régale
les nuages me traitent de branleur
les pâquerettes puent la haine raciale
tellement le ciel racle
j'ai les yeux en pierre


technique impeccable des corbeaux qui délirent dans le vent au ras des eaux temporaires
la solution est parfois dans l'énoncé du problème
je me dis
si je n'arrive pas à éviter les gens
au moins je parviens à les côtoyer sans les subir
je me dis


appelle-moi charogne

mercredi 12 avril 2017

la petite cinquantaine

la bouffe t'a déçu 
pas le vin
tu ne sais pas si tu es complètement défoncé
ou totalement serein
rhapsodie dans les rues où les nuages continuent de traîner

il fait nuit
tu as vieilli
tu as pris du bide
tu as beau collectionner les couteaux 
tu ne supportes pas la violence
sauf dans les films
surtout si ça se passe en Corée du Sud et qu'il y a des femmes à poil
tu sais réparer tout un tas de choses 
mais ce soir ça va pas t'aider

t'es un genre d'inspecteur sans enquête toi
ou alors enquêtant sur lui-même sans même le savoir 
ton cerveau a l'air de se décongeler depuis quelques mois
des trucs te reviennent 
des trucs qui doivent rester dans la famille 
des trucs que subissent parfois les petits garçons 

brouillard dans ta barbe
brouillon dans ta tronche

semaine 14

ciel profond soudain que le revêtement stratifié du sol où depuis une semaine je laisse traîner mélancoliquement 
les miettes de notre dernier petit-déjeuner 
à Gwenn la gouine et moi
poussières de céréales et particules de fruits secs
que je contemple comme autant d'objets célestes
 

je lui écris une carte-postale
tu me manques grave
petite pute

bisous 

désolé
la bouche de dieu ne m'a pas détruit en m'asphyxiant dans un degueulis d'arc-en-ciel
par contre
je me suis fait méchamment percuté par le semi-remorque de moi-même
discrètement je mange mes larmes


soleil couchant sur les tuiles faîtières
je repense à Mademoiselle Moustache
se gratifiant d'un 69 sans l'aide de personne


inexorable semble être le mot du jour
un vieux monsieur aux cheveux aussi noirs que ses yeux sont bleus
a l'air de me suivre où que j'aille dans les rayons de la supérette
c'est inexorable
il me dit
tout ce qui est utile à la beauté a tendance à disparaître ces temps-ci
il me dit


et pendant qu'inexorablement la lune s'éloigne de la Terre
Adrien Rady sort son dernier recueil de poèmes qui s'appelle Mon nom est mon ombre

son dernier recueil qui sera gratuit jusqu'à la caisse
son dernier recueil avant le prochain

dimanche 9 avril 2017

Kinski


post scriptum (à Séverine C.)

beaucoup de passage
beaucoup de travaux
et moi qui m'excentre en loucedé
au milieu des courants d'air gothiques et des épices passionnantes qui me font en même temps
et froid dans le dos et chaud au coeur


tel un portrait-robot
je me la joue comptemplatif sur la plus célèbre volée de marches de la ville 

où les jours rallongent maussades et frais

à deux pas
dans les laveries automatiques
les dernières machines sont en train de tourner
le printemps sent la pizza et la fosse septique


sur un banc en pierre
deux gratteux taquinent grave en jazz manouche
un clochard apprécie
rescotche sa godasse et invite son chien à gincher 


au sortir de la boulange
une petite nénette regagne ses pénates en portant dans ses bras un gros pain comme elle porterait un nouveau né
ou alors tout le poids du monde des mammifères


le long du Canal
des bâtiments délabrés depuis des années
le long du Canal
des boîtes à la mode et des histoires de sperme noir
ça booouge dans le Sud mais rien ne change


post scriptum
c'était pas si mal pour une journée de merde
merci de m'avoir accompagné
photo Séverine C.

mardi 28 mars 2017

un mec bien

un mec bien
très bien même 
et puis du bagage mine de rien 
du bagage mais pas d'esbrouffe
du bagout mais pas de blabla
un chignon rastafarien
des tatouages faits maison
un nez tordu
son père lui foutait sur la gueule
son enfance c'est foyer foyer foyer
et à 16 ans la rue
et à 20 ans l'armée
et puis des problèmes de nervosité
et puis des problèmes avec le modèle prédateur
et puis de nouveau la rue
et puis de nouveau les drogues dures 
et puis un choc anaphylactique
et puis pendant sa convalescence
un gros gros carton en bagnole
pas de permis
pas d'assurance
50 points de sutures sur le crâne
et puis cinq ans d'incarcération chimique
maintenant ça va
il a un métier
il répare des téléphones
et puis il va être papa
il y croit toujours pas d'ailleurs
faut qu'il annonce ça à Franck
son meilleur pote
un daron de chez daron 
un pompier à la retraite
et puis à Bruno le barbu 
un collègue toujours classe dans la picole
et puis à Nathalie une prof de SVT
une brunette qui a toujours été hyperbienveillante à son égard
mais pour l'instant il garde tout ça pour lui 
et se mate le ciel 
les grands sites du ciel à travers les caténaires et les flèches des grues
un putain de ciel
un ciel comme il les aime 
un ciel à pas se laisser niquer par le superflu

TRAKT N 1 EST DISPONIBLE

commandes et contributions à trakt@gmx.fr

commandes et contributions à trakt@gmx.fr

dimanche 26 mars 2017

sainteté du geste simple

paraît que tu te complais dans ton mal-être
paraît que tu survends ta solitude
paraît que tu manques de spontaneité
paraît que t'es rincé
paraît que tu délires comme un tox sous anxyolitiques
paraît que t'es lâche comme tapette
paraît que Dame Lynx pense à toi
paraît que tu l'aimes Dame Lynx
paraît que t'as oublié ça aussi


tramway en panne
il repleut
vapeur froide
vernis bleu qui lave l'air en te lavant toi
et ce truc dans le for intérieur
où pouls et peau semblent revenir de blessure


chez toi
par dessus les verres de vin blanc
du Picpoul si possible
des insectes te tiennent compagnie
qui tournent en carré quand ils sont en rut
sainteté du geste simple


et on dirait que tu t'envoles et qu'il n'y a pas d'essor
et on dirait que tu tombes et qu'il n'y a pas de chute


t'es un mec du XX ème siècle toi
les video-clubs te manquent beaucoup

dimanche 19 mars 2017


la eternidad y luego un hoyo en la cerca ( trad. de Laurent Bouisset et d'Erick Gonzalez.)

eso es lo que necesito
cosas llenas de óxido que se arrastran en el polvo y el sol
una larga línea recta una ciudad vacía un lugar perdido
donde mi cráneo camine descalzo entre hangares y silos
eso es lo que necesito
el máximo de espacio
la trashumancia de las nubes
billones de cielo azul en efectivo
la masa intensa y poética
de los transportes pesados
una juerga hermosa
una coherencia extraña
un silencio de oro
sí, es eso lo que necesito
la eternidad pero no demasiado
la eternidad sin la cadena perpetua
la eternidad y luego un hoyo en la cerca

eso es lo que necesito
algunos bosquecillos y un par de fosos
en el azul de los bosques el azul oscuro
y la luz de los Indios que ilumina el camino
cuando no hay luz y no hay camino
eso es lo que necesito
vino pan y queso
una buena paja un gesto del cosmos
una pausa en mi día de descanso
mientras aprendo a hacer malabares
con las rocas de mis pensamientos
que todos los pequeños coágulos se pongan a girar
que todos se enrojezcan en este instante
sí, es eso lo que necesito
la eternidad pero no demasiado
la eternidad sin la cadena perpetua
la eternidad y luego un hoyo en la cerca

(Muer fait mal, Editorial LIGNE 19)

vendredi 17 mars 2017

bois de berge

pas toxicomane
pas prostituée
pas au point de traîner à longueur de journées avec des ex taulards portés sur la tise


ils kiffent sa silhouette longiligne
ils kiffent sa voix ultradouce et ses yeux créoles
beaucoup moins ses tournures de phrases élaborées


pas loin un cimetière wisigoth
pas loin une centrale hydraulique
pas loin une forêt alluviale
des saules blancs
des peupliers noirs
des strates et des strates d'herbes parmi lesquelles elle retrouve 

non pas le désir poétique de dieu
mais cet endroit secret dans sa tête où elle se sent toujours en sécurité

MUER FAIT MAL-recueil sorti aux éditions Ligne 19





furieusement souterrain /totalement choupinet

10 euros la version collector/ 6 euros la version simple ( + 1 euro 50 de frais de port )
 soit 20 pages de bluettes punkoides/de poésie écorchée douce
  à commander à heptanesfraxion@hotmail.fr

jeudi 2 mars 2017


Christelle

Christelle la petite quarantaine

son coeur
un dortoir à compter les oiseaux


sans anxiolytiques elle refait des liens qu'elle ne faisait plus

noces avec elle-même dans la contre-société qui la couronne

son père veut la conseiller
elle dit non

sa mère veut prier pour elle
elle dit non


son frère connaît quelqu'un qui
elle dit non 


elle dit non passqu'elle veut comprendre
elle dit non passque la famille n'est pas sainte
elle dit non passqu'il n'y a pas qu'une seule façon d'être une femme
et passque le seul dieu avec qui elle peut un peu discuter
c'est celui qui travaille à la malchance des cupides

dimanche 26 février 2017


là où il y avait ma vie

chuis triste 
triste et sereine et paresseuse et angoissée
là où il y avait ma vie
il y a un trou maintenant
un trou défendu par les fonctionnaires
un trou protégé par la loi
une loi votée par la municipalité au profit des agences de la violence immobilière 


je lis beaucoup en ce moment
à l écart de tous et à l'écart de tout
et si ça fait toujours encore un peu mal quand je tousse
j'ai quand même pris le temps de pirater leur putain d'électricité
le genre de truc qui va accélérer ma cicatrisation
je le sens bien

je lis beaucoup mais chuis encore prête à envoyer bouler toute ma bibliothèque pour aller scandaliser cinq minutes le monde parfait de la mafia légale qui s'enrichit à me précariser
à me criminaliser
à me rêver criblée de dettes
leur catéchisme médiatique voudrait me changer en meuble 

ils s'y emploient d'ailleurs comme je m'emploie à les contrarier

il n'y a plus que moi désormais par ici
moi et les oiseaux et les fenêtres brisées
et mes déplacements en scred dans les tunnels étoilés de la ligne zéro






nuit de la pleine lune à la Cave Poésie/janvier 2017/ photos Pénélope Corps

jeudi 19 janvier 2017

mots clefs n 42

quand ils bossent ils bossent
quand ils font la teuf ils font la teuf
révolution & hyperinflation
c'est pour ça que chuis restée moi
et c'est exactement pour ça que chuis partie
...Europe 
...Russie
...nouvel organigramme
...nouvel organisme de crédit
chuis ptêt un peu débile
mais vos normes j'en veux toujours pas

dimanche 1 janvier 2017

Thomas

Thomas
Il sait qu'il ne sait rien
Il n'en fait pas une habitude
Il n'en fait pas un mythe
Il n'a pas renoncé à l'expérimentation lui
contrairement à certains psychologues
à certains astrophysiciens
contrairement à Pierre-Yves son père
qui profite de son immense savoir pour lui refourguer discrètement les pires contre-vérités 
le ciel s'étoile par dessus les excavations du chantier
rémugle de boue et de ciment
qui charge l'air de substances illicites
Thomas s'amuse à s'ennuyer
à célébrer l'absence de but en se caressant le sexe
dans la toute mignonne petite culotte de son ex
et faisant ça
il se met plus ou moins à chialer
autant dire que l'ordre
qu'il soit religieux ou militaire ne l'intéresse pas plus que ça
autant dire qu'il se réserve bien des désagréments sur cette terre de relégation
Thomas demandeur d'emploi