vendredi 15 septembre 2017

zone côtière

que c'est tantôt la mer 
que c'est tantôt la terre et les grandes couveuses que sont les bancs de sables
que c'est tout beau
que c'est tout vert 
qu'on dirait un champ de céréales sous-marin
que t'as maçonné ta cabane
où tu te mets à l'abri du vent
où t'écris des histoires

où rien n'est vraiment vrai
où tu bois des canons
où tu manges le mouvement perpétuel qu'il y a dans le fromage
que le poison est partout
poison dans les machines
poison dans les usines
poison dans le corps des poissons
poison et cupidité
que ton ex femme avait mis en scène son suicide pour savoir si tu l'aimais vraiment
que ton ex femme a refait sa vie avec une femme qui avant était un homme
que ça ne te choque pas plus que ça tout ça
que tous ceux qui sont en galère dans cette société nucléaire
sont abandonnés à leur triste sort ou alors éliminés d'une façon ou d'une autre
que tu flânes beaucoup dans le sel des prés ou dans le trèfle qui fait pousser l'herbe
que les riches s'enrichissent à mettre les ouvriers au chômedu
que le ciel est un contrejour gigantesque qui te mets des aéronefs légers dans le poitrail
que la vie s'écoule sans but c'est-à-dire sans cauchemar
et que donc tu ne te sens pas spécialement malheureux
et que donc tu en déduis que tu es plutôt heureux
et qu'il n'y a rien à dire de plus sauf que tu ne rencontres pas assez d'animaux dans ta vie

METACARPEDIEM (musique : Jim Floyd/poèmes: Heptanes Fraxion)

Écouter METACARPEDIEM — heptanes fraxion / jim_floyd par Jim_floyd #np sur #SoundCloud https://soundcloud.com/jim_floyd/sets/metacarpediem-heptanes-fraxion-jim_floyd

mardi 12 septembre 2017

libraire

que t'avais 46 ans
que t'étais au chômage
que t'étais plus assez rapide
que les disques de ton dos étaient rayés
que t'avais un peu d'argent de côté
que tu as racheté cette librairie
que t'as la chance d'être chez toi
que t'es bien ici 
sans patron sans patronne
que t'es bien dans ta peau même si au final
tu bosses plus qu'un ouvrier
que tu voulais pas faire la même chose que tes parents
que tu pouvais pas partir
que tu pouvais pas rester
que tu vas chez le routier tous les midis pour déjeuner
qu'il n'y a plus que lui dans le quartier maintenant 
que c'est toujours très bon et
que c'est toujours très varié 
que tous les jours t'apprends quelque chose
que ta librairie c'est ton théâtre
que les gens se confient 
que les gens arrivent parfois en colère
que les gens repartent parfois en rigolant
qu'ils te racontent des trucs sur leurs ennuis
leurs hématomes
leurs thyroïdes de merde
sur les affaires qu'ils font à la casse ou bien
sur les émotions que suscite chez eux le changement de saison
que c'est l'automne
que le linge sèche plus lentement
que les catalogues s'épaississent dans les boîtes aux lettres
que les foires aux vins sont installées 
que les altocumulus deviennent nimbostratus
que les feuilles mortes s'accumulent en bas des escalators 
que le dernier numéro de New Noise est paru
que quand il n'y a personne tu ne penses qu'à des mauvaises choses
que le football ne sera plus jamais romanesque
que tu ne trouveras plus jamais tes courbatures sexy
ou que les hérissons sont en voie d'extinction
ou que si ça continue tu risques de mourir dans tes cartons préformés
que ce qui te rend moins seul en fait
c'est de boire des coups avec ta solitude 

mercredi 6 septembre 2017

petite bâtarde

pas de mari pas de patron
pas de congés payés
pas de congés maladie
d'un côté les prolos de luxe ont tendance à devenir de véritables pignoufs
de l'autre la culture dominante qui te rejette 
a des privilèges auxquels tu renonces facilement
certains du moins
précaire
précaire
autant dire qu'en tant que fée
t'es un peu à la ramasse 
tout ce boulot de représentation
toute cette paperasse
ça te fait pas vraiment vibrer le clito
même pas un peu
ta drogue est ailleurs
t'as commis l'erreur de venir te taire dans un endroit où il faut surtout pas
modèle danois
modèle allemand
l'institution te qualifie
t'oublies aussitôt de quoi 
les experts en authenticité te nomment
t'oublies aussitôt comment
leur narcissisme n'est pas que technique
ils savent que dalle alors ils construisent un scénario
tu ne parles pas et pourtant tu en poses des questions pertinentes
mouvement présence police de la poésie
d'un coup d'un seul
ton doigt d'honneur rallume la lumière
tu prends congé
tu leur en veux pas hein
mais tu préfères de loin les petits mots que t'apportent les animaux dans le parc
les clébards
les corbacs
les vrais dieux
sémiotique d'un autre monde
tu as froid
tu as chaud
tu commences à te détendre
y a pas de soleil
y a pas de maison
y a personne
et c'est juste parfait
le pays des étoiles commence dans ce terrain vague et puis t'as un autocar à prendre

mardi 5 septembre 2017

hors saison

tu es militaire
tu es journaliste
tu en as vu des morts
tu en as posé des questions gênantes
celles notamment sur l'intégrité du maire 
tu es bisexuel 
ton frère le sait
ta mère s'en doutait
le maire aussi
tes enfants te soutiennent
ta femme non
tu refais ta vie 
tu as les sous pour
tu te remaries
tu as les sous pour
t'as envie de sucer
t'as envie de te faire sucer
ta femme non
courrier électronique
faux-pas
tu pleures au bon moment
tu ris quand il faut pas
tu as bien des défauts bien sûr
mais tu n'as pas la culture de l'ego 
merde
merde
tu fumes
tu fumes et tout est calme
et dans l'air
et dans l'eau
vin valium invitation à la valse 
juste ce qu'il faut pour que la vérité se perde 

jeudi 31 août 2017


toboggan

sûrs de nous
sûrs de rien
quelque chose nous fait si mal depuis si longtemps
les distorsions
les faux semblants
nous nous adaptons un peu trop
nous nous adaptons un peu trop facilement
et à force c'est mourir sans mourir

sûrs de nous
sûrs de rien
ceux qui font l'amour à la mélodie
ne nous aiment pas plus que ça
voire nous chient carrément à la gueule
ombres hématophages des matons du bien et du beau qui n'ont pas besoin de beaucoup de mots pour nous mentir
crémation lorsque nous exposons nos faiblesses
à travers nos grilles et nos affects

sûrs de nous
sûrs de rien
nous crions sans même savoir pourquoi
souches que nous sommes
chiens en calbut que nous sommes
et colocataires au chaud au sein de nos cellules
nous nous mangeons la bouche
joie
joie enfin
joie et vérité plus grande que nous
truc incontrôlable à faire des royaumes avec nos espérances d'acariens
la défonce
la poésie
le refus de la paternité
alliance improbable cousue par le cosmos

sûrs de nous
sûrs de rien
nous avons peur évidemment sauf quand le vent souffle
et que tout est contrebande
et que tout est toboggan

samedi 26 août 2017

commis

qu'il n'existe plus
qu'il se tue à la tâche
qu'il est payé comme un commis avec des responsabilités de chef de partie
qu'il fait si beau
qu'il y a des avenues de dingue où flâner
qu'au passage il en tape cinq aux branches des mimosas
qu'il fait l'apéro à dix heures du mat' avec son sourire à elle 
sa meilleure amie
que son sourire à elle c'est du soleil pulsé
qu'elle enquille les picon bières comme un vrai bonhomme 
sa meilleure amie
qu'une fois en Italie avec un pote musicien elle a appris à dire le mot  soûle en Albanais
sa meilleure amie
que deux mois plus tard 
elle a aussi appris à dire grossesse non désirée 
sa meilleure amie
que posés en terrasse ils se matent des culs
parfois les mêmes
qu'il n'a jamais compris pourquoi sa mamie n'était jamais devenue punk
qu'elle avait l'âge pourtant et un tempérament
à braver la loi 
mais que bon c'était la cambrousse
et que papy c'était l'accordéon 
et que papy c'était l'armée alors
que l'autre nuit il a rêvé d'un tigre à dents de sabre
qu'il était terrifié 
qu'il n'a pas eu peur
qu'il a caressé ce tigre préhistorique jusqu'à le faire sourire
que ça lui a fait un bien fou ce rêve
que renseignements pris auprès d'une chamane portée sur les meufs
ce rêve signifie juste que sa gentillesse ne le protégera pas de la méchanceté 
que là où il habite il y a un petit terrain de handball qui jouxte le cimetière
qu'il entend les applaudissements
qu'il entend les pleurs
que ça lui va très bien
que pour être libre faut la fermer sa gueule
que pour être libre faut la trouver belle la complicité des multinationales et des gouvernements
qui nous font banquer le simple fait de respirer
pas dire que leurs bonbons rendent très cons
pas dire que leurs dentifrices rendent très obéissants
pas dire qu'avoir des idées suicidaires dans un tel contexte 
c'est plutôt un signe de bonne santé mentale
que ça lui donne envie de se droguer tout ça 
que ça lui donne envie d'échouer
que ça ne lui donne pas envie de parler d'avenir par contre
mais alors carrément pas

jeudi 24 août 2017

tarpé

qu'il a un train à prendre
qu'il a pas le temps
qu'il a pas de sous
qu'il en a marre de passer à côté de sa vie 
que personne ne lui volera sa guérison intérieure
qu'il est son seul patient
qu'il est son seul docteur
qu'il tue son suicide un peu tous les jours
que le suicide dans le monde fait plus de morts que la guerre
que son accident s'est très bien passé
qu'il n'est pas comme tout le monde
qu'il n'est pas comme ses parents
qu'il n'est pas très différent non plus
qu'il ne supporte pas la mesquinerie
surtout la sienne
que la magie est partie mais pas le chômage
que sa femme l'a demandé en mariage
et qu'il a refusé
qu'elle lui a demandé de quitter la maison
qu'il préfère mille fois être seul que d'avoir à rendre des comptes sans arrêt
que sa vie amoureuse porte un deuil plus vieux que lui-même
le besoin d'amour
le rejet de l'amour
ce genre de conneries
qu'il a ses rituels quand la pluie se balade en ville
qu'à cause des produits chimiques il n'y a plus d'escargots
que les êtres humains sont faits de messages et de fantômes
qu'il faut qu'il fasse gaffe à l'alcool
qu'il faut qu'il fasse gaffe aux délires mystiques
qu'il ne lui faut pas grand chose pour se sentir bien 
qu'il a un train à prendre oui
mais peut-être pas aujourd'hui

dimanche 20 août 2017

loto

qu'elle est divorcée
qu'elle est d'origine étrangère
qu'elle ne peut plus avoir d'enfant
que son fils a 17 ans
que son fils veut changer de sexe
qu'elle est fatiguée des psychologues putassiers
qu'ils sont stupides 
qu'ils sont culpabilisants 
qu'ils sont stupides
qu'elle a le droit d'éprouver certains sentiments
que les démarches sont lourdes en France
qu'elle le sait qu'elle ne perd pas un fils
qu'elle le sait qu'elle gagne une fille
qu'elle va se battre
qu'elle va jouer le jeu
que c'est un choix important
que tant pis 
elle va continuer à cirer des pompes
que tant pis 
elle va continuer à vendre ce qu'il y a vendre
que tant pis 
elle va continuer à vendre leurs petits produits de merde
qu'elle va valider ses acquis
qu'elle va aussi jouer au Loto on sait jamais
les mêmes numéros ou pas
c'est pas très important
que le hasard elle trouve ça rassurant
qu'elle reprendrait bien une autre de ces bières là
que ça fracasse en douceur ce truc
que son beau-père l'a masturbée plus d'une fois quand elle avait douze ans
qu'elle devrait pas le dire
qu'elle entend des voix 
qu'elle répète des gestes
qu'elle fonctionne mal en société
qu'elle le sait
qu'elle n'essaie pas d'être folle
qu'elle n'essaie pas d'être normale
qu'elle n'essaie pas d'offenser les gens
qu'elle devrait pas le dire
que des fois elle crame tout un plein d'essence sur la rocade
juste pour se sentir bien

samedi 19 août 2017

routier

que personne ne l'attend 
ni enfants ni petits-enfants ni même sa femme
que sa femme 
au vu de la situation de leur couple
et de ses activités associatives
cela ne la chagrine pas du tout qu'il s'absente pendant plusieurs semaines
qu'il a besoin de ça
qu'il a connu la prison la came la solitude
qu'il a fait des trucs qu'il ne voulait pas faire
qu'il les a fait quand même
qu'il n'a plus aucune rancune 
qu'il n'a plus aucun désir de vengeance
qu'il arrive à sourire de ses problèmes
maintenant
que c'est peut-être ça la vraie liberté
que ça le prend aux tripes cette sensation 
que ça le remue toute cette pureté 
au plus profond de la nuit
quand le voyage est à lui
que le convoi est tranquille
qu'il sait qu'il n'est pas maudit

mercredi 16 août 2017

dandy

que sa vie c'est comme un film
qu'il suffirait de le suivre au quotidien avec une caméra
qu'il aime aider
qu'il a un grand cœur
qu'il tient ça de son père
qu'il peut se montrer impitoyable avec les médiocres
qu'avec les mots il peut dézinguer n'importe qui
les SDF 
les bourges 
qu'il peut évoluer dans n'importe quel milieu
les SDF 
les bourges
que c'est pas des couilles
qu'il vit en dandy
qu'il va passer l'été en Italie
qu'il a eu une copine danoise 
qu'il ne s'intéressait pas à ses pièces de théâtre
qu'elle en a eu marre de sa gueule
qu'il ne souvient plus trop de son prénom
Nikoline ou Samira ou Salima ou Maribel 
que les relations amoureuses qui durent 
le font basculer dans la dépression
un truc grave
que la dépression a fait foirer ses couples les plus valables
que son infidelité aussi
que c'est pas pour se vanter
mais qu'il est fort pour faire rêver les meufs
qu'il a un grand sens de l'improvisation
qu'il a une grande qualité d'écoute
qu'il a un ego complexe car multiple
que les petites jeunettes aiment bien se taper des vioques comme lui
des vioques pas vieux dans leur tête
des vioques pas vieux dans sa façon de voir la vie
que c'est pas des couilles
qu'il vit en dandy 
qu'il va passer l'été en Italie
ou à Séville 
et qu'il ira aux putes 
qu'il tient un carnet
le fameux carnet jaune où il consigne tous les prénoms des nanas qu'il drague ou qu'il tringle
Nikoline ou Samira ou Salima ou Maribel
leur âge leur taille leur profil social
celle qui a de gros seins
celle qui a des complexes
celle qui est trop jalouse
et que la Mayenne est un trou à merde
un des pires de France 
qu'il lit L'Equipe en terrasse
qu'il adore le cyclisme
sport noble par excellence
qu'il a eu l'occasion de discuter avec Bernard Hinault
que c'est pas des couilles
qu'il vit en dandy 
qu'il va passer l'été en Italie
qu'il a vécu dans une cabane dans les Landes
sans eau et sans électricité
45 euros par moi
un canapé
du pinard
et que c'est ça le privilège d'être au RSA
que s'il avait vraiment de la thune 
il passerait sa vie à l'hôtel
qu'il a fait partie d'un cirque
qu'il est jongleur
qu'il lit L'Equipe en terrasse 
qu'il boit du vin Corse
qu'il réglera la note avec le chéquier de sa maison d'édition 
que le Danemark c'est nul à part les gonzesses
qu'il aime les femmes qui préfèrent le cul aux taches ménagères
et qui surtout ne le tannent pas avec leurs histoires de boulot de merde
qu'il aime varier les plaisirs
qu'il aime les foulards de couleur
qu'il aime surprendre les gens
qu'il tchoure dans les grandes surfaces par pur esthétisme
que son copain Mathurin
que sa copine Ana
qu'ils vivent en squat
qu'ils viennent d'avoir une petite fille 
qui est belle comme une algue
que c'est pas des couilles
qu'il vit en dandy
qu'il passera l'été en Italie ou à Séville
mais pas en Irlande
passqu'en Irlande
des putes y en a pas

lundi 7 août 2017

trampoline des émotions contradictoires

boulimie
tachycardie
tristesse d'être toi-même dans la noirceur du printemps

ce que tu voudrais vraiment
c'est de temps en temps pouvoir cracher des fleurs

musique de film que personne n'entend
journal intime de n'importe qui
le dieu des autres
c'est forcément le diable pas vrai ?

autre sujet tabou
l'ego des femmes sensibles qui ne s'intéressent qu'à leur sensibilité

autre sujet tabou
la violence conjugale chez les couples lesbiens

elle ne veut plus te revoir
tu la frappes
et puis tu frappes sa bagnole
et puis tu pleures
sang sur les murs
rimmel sur les serviettes

elle ne veut plus te revoir
et tu tatoues ses initiales sur le bas de ton ventre avec un morceau du miroir que tu as fracassé en allant pisser 
triangulation à l'arrache
méridien fait main 
maintenant au moins tu sais précisément où tu as mal

elle ne veut plus te revoir
et elle continue à faire sa connasse
tu ne pleures plus non tu ne pleures plus
non tu ne pleures plus non tu ne pleures plus
par contre tu couches plusieurs fois avec sa meilleure amie
excès de boissons
amphétamines 
balades buccales

l'humilité dans certaines situations critiques
peut s'avérer totalement néfaste

tu repenses à la mère que tu n'as jamais eue
tu repenses au père que tu n'auras jamais
occasion cruciale
occasion ratée
leur condescendance étouffe la moindre chance de dialogues
ils te soutiennent en te refusant le peu que tu leur demandes et c'est pas de la thune 
enfin pas que
tu as beau avoir l'habitude
tu es quand même surprise
et tu repenses au suicide de certains animaux non humains 

écrire des poèmes 
pour quoi faire
se reproduire
pour quoi faire
respirer 
pour quoi faire
trampoline des émotions contradictoires

l'univers accélère encore apparemment
tandis que les galaxies continuent de tourner
mais dehors la seule réalité pour toi c'est l'humus aux aurores

lundi 31 juillet 2017

contrôle thermique du coeur

paraît que tes lunettes font peur aux enfants paraît que tu as une tronche de lune
paraît que tu es obsédé par le corps des femmes
paraît que tu véhicules une image de mec non hétéronormé
paraît qu'en tant que smicard tu incarnes le parfait nouveau bourgeois
paraît que t'es souvent relou après une journée de boulot
paraît qu'il te faut toujours un sas
paraît que t'es un poète belge qui s'ignore
paraît qu'on reconstituera ton oeuvre poétique de façon posthume

pauvre type qui a toujours besoin de rêver pour avoir une vie

fait chaud
fait chiant
heureusement que ta blonde te demande délicatement l'autorisation de te juter dans la bouche
permission accordée

à l'heure légale de l'aube
tu rates à peu près tout 
sauf ça

faut pas le faire
tu le fais
faut pas le dire
tu le dis
contrôle thermique du coeur

l'hostilité est devenue une tradition qui rend les gens joyeux
romantisme dégueulasse
egos haineux
la ville est maudite
bataille de bites dans le palais épiscopal
petit poucets cracheurs de cailloux
rois affalés dans leur graisse
frissons
fatigue
foutu réel
la ville est maudite et tu te sens un peu vide

la direction te demande d'émettre des voeux
tu t'exécutes et puis tu t'aperçois très vite qu'en fait la direction s'en fait du papier q de tes voeux
et puis tu te rends compte que la liberté sans le progrès génère un bon gros paquet d'inégalités
épiphanie de merde

Il y a une poubelle qui crame
lauriers roses
Il y a des poneys qui s'empoisonnent
lauriers roses
il y a des dingues formidables qui parlent tout seul
Il y a un pêcheur à l'écart sur le canal latéral
c'est le bruit de l'eau qu'il pêche en réalité il te dit
et ça tu ne peux que le comprendre
heureux que tu es d'être là où tu es
vaguement détendu
vaguement dépressif
vaguement soigné par la blessure sucrée des arbres qui sans parfum te parfument

juillet 2017
au dessus de toi les nuages nagent comme des raies manta

juillet 2017
pourvu que tes godasses tiennent le coup jusqu'au mois prochain

jeudi 20 juillet 2017

maïs

que le voisin élève des reptiles 
que le voisin lui rend pas ses outils
que l'autre voisin se fout toujours de son accent
qu'il est allé lui dire ses quatre vérités 
qu'il les connaît lui aussi les insultes 
qu'un autre de ses voisins est mort
Silvio
que la famille est en train de vider la maison
qu'un jour ça sera son tour
qu'il a trop fermé sa gueule
que les maïs sont hauts
qu'il va rentrer le linge
que des gamins lui ont caillassé la bagnole pour s'amuser
que ses petits-enfants ne l'aident au jardin que pour le fric
qu'il a toujours aimé ça gratter la terre
qu'il a planté des fèves
qu'il a voté sans conviction aux dernières présidentielles
qu'il ressemblait à Luis Ocaña quand il était jeune
qu'il aurait bien fini sa vie avec son ex
paix à son âme
que le poissonnier est un filou comme tous les poissonniers 
que son ex belle-fille l'a traité d'enculé un jour en faisant semblant de se cogner contre la table de la cuisine
qu'il a trop fermé sa gueule
que les maïs sont hauts
qu'il va rentrer le linge
qu'il ne mange plus du tout de charcutaille 
que des rillettes de canard de temps à autres
que pour le boulot
il a fait plusieurs fois le tour du monde
Chine Egypte Koweït Panama
que ses vertiges désormais ne lui permettent pas d'aller beaucoup plus loin que le supermarché du coin
qu'il voudrait bien se débarrasser de son grand buffet 
qu'il raconte son expérience de coffreur pendant la construction du barrage de Calacuccia
qu'il raconte sa rencontre avec le batteur Jo Jones
qu'il budgétise le remplacement des radiateurs  de sa maison
que ses souvenirs l'attachent en permanence à un poteau de torture
et qu'il a trop fermé sa gueule
et que les maïs sont hauts
et que les tournesols aussi
et qu'il va rentrer le linge

lundi 17 juillet 2017


photo SC

Rose

elle s'appelle Rose 
elle a 42 ans 
son père était un gros fan de Bruce Springsteen ou bien de Claude Nougaro 
son père était un gros fan de westerns 
son père était gros  
son père était réticent à l'idée qu'elle entreprenne des études de journalisme à Bordeaux ou bien à Lille  
son père voulait absolument qu'elle se marie 
avec le fils Bernardi 
Rose 
sa mère lui tirait régulièrement les cartes pour lui faire passer des messages 
son beau-père a toujours voulu la rendre célèbre
son beau-père a toujours voulu lui faire le cul
autant dire que Rose n'attend pas grand chose de la société 
surtout pendant les vacances

elle préfère la solitude 
ou bien la chaleur des petites fesses des fleurs
et les petits corps 
et les grosses têtes des femmes sexy qui parfument leurs bouches en tétant leur soupe sucrée 

oui ses goûts ont souvent posé problèmes

murs dans toutes les directions ou bien
horreur du système qui refuse le conflit    

le mouvement n'implique pas forcément le changement
révélation qui l'asphyxie en la remontant à l'air libre 

elle n'a pas encore mangé
elle n'a pas encore demandé le divorce
trop brune 
trop maigre 
elle ovule tranquille entre les baraques 
dans les rues vides où les étoiles sont des fruits 
giratoire dans le ciel
verres de vin et petit pétard 
pour y voir plus clair ce soir
va falloir que quelque chose brûle

mardi 27 juin 2017

turfiste

ton amour des plans foireux n'est plus à prouver  
tes passions t'ont rarement mené au bonheur 
tes certitudes non plus remarque

tous les jours
c'est bataille contre le pain sec 
tous les jours
c'est bataille contre le lait froid 
tous les jours 
c'est bataille contre la résignation
et l'étuve 
et l'abîme  

t 'es pas violent mais t 'as l'énergie imprévisible  des enfants battus qui sont devenus des écorchés doux  

tu regardes le feu qui tombe du ciel
tu observes l'indolence avec laquelle la buse variable chasse les micromammifères  
tous ces trucs de mec contemplatif  
journée à 13787 pas

c'est parfait
c'est parfait mais faut tout recommencer
ils te disent ça avec leurs yeux bleus qui font peur
et plus ils t'expliquent 
et moins tu comprends
ils disent que tu compliques tout avec ta fragilité 
ils t'ordonnent d'arrêter de crier
tu cries pas tu dis 
tu affirmes tes doutes
stabat mater qui te fait pogoter comme un requin-marteau  

tu as douze ans
ton père te montre des prostituées le long du canal 
ton père te fait comprendre que ta mère fait pareil mais gratuitement   
tu as douze ans 
et y a des objets qui te font voyager
journée à 2792 pas 

tu ne parles plus d 'espérance 
tu ne parles plus d'impasse 
tu parles chien aux fleurs et fleur aux chiens

et puis tu l'aimes elle 
et puis tu l'aimes elle
sa Gibson 
ses poèmes grunge 
ses godillots 
ses mollets à péter la mâchoire des grands prédateurs 
et puis ses seins qui sentent toujours bon la viennoiserie et l'aventure 

super émue 
elle insiste pour te préparer un petit plat
quintaux de soleil sur ton plexus 
journée à 18192 pas

il y a 48 ans jour pour jour c'était la nuit 
et ta petite gueule naissait aux forceps  quasiment au milieu des chevaux
un bol de soupe aurait pu te contenir 
ta mamie te raconte ça avec ses mains
cabane dans les arbres où tu dors en sécurité 

le projet c'est qu'il n'y en a aucun 
à part celui de tuer les gens sans les tuer 
c'est-à-dire en éradiquant leur psychocharisme  

les radiateurs t'envoient des messages de confirmation 
ce que tu es te rend de plus en plus seul

les couleurs vont trop vite 
traction thermique comme dans les trains régionaux  
ça te fait chialer en même temps que sourire les sourcils
journée à 11718 pas 

tu viens d'apprendre que ton vrai prénom c'est Redouane et non pas Jean-Michel
et tu es comme qui dirait guéri 
sauf que tu n'as jamais été malade   
triste puzzle

dimanche 11 juin 2017

photo SC

la grâce de tes jours

paraît que tu ne ressembles pas à ta photo
paraît que ta barbe blanchit à vue d'œil  
paraît que t'as refusé un poste à la SNCF
paraît que t'as un penchant pour les lesbiennes qui sucent
paraît que t'as fait l'armée​ 
paraît que t'as aimé ça mais pas au point de la refaire
paraît que tu peux toucher ton nez avec ta langue
paraît que ton nez tordu c'est suite à un cunnilingus qui a mal fini
paraît que t'es un poète très ordinaire toi
un poète pas très crédible aussi
vu que tu bosses en hypermarché 

été précoce
le ciel bleu est un gros bloc 
le ciel  bleu est un gros con
les déjections canines grésillent sur les trottoirs
à la plancha
à l'arrêt de bus 
une femme enceinte se gratte la fouffe à travers sa jolie robe mauve 
le peuple bermuda a repris les rues
et ce spectacle essaie de te tuer 

tu te défends tant bien que mal contre leurs carrures leurs polos roses leurs espadrilles leurs lunettes de soleil leurs tatouages leurs statuts de demi-dieux aux valeurs spécieuses
du genre à socialiser les pertes
du genre à confisquer les gains 

oraison jaculatoire
tu rentres chez toi trinquer avec un cendrier plein de pisse
au passage tu dégondes une porte sans trop savoir pourquoi 
et puis tu pars à la douche 

joie de vivre
doigt dans le cul en pensant à Gwenn la gouine

qu'elle repasse dans le coin
tu serais pas contre

au cas où 
tu refais ta coiffure pubienne 
au cas où
tu coupes les ongles de tes pieds
et ton coupe-ongles​ t'explose littéralement à la gueule  
tu n'en tires strictement aucune conclusion

un de ces quatre
tu te verrais bien devenir disciple d'un ermite 
ou alors arbitrer des matchs de ping-pong vaginal   

tu as toujours su que tu n'aurais pas d'enfants
tu as toujours su que t'avais une malédiction à briser 

généraliser est une erreur
ne pas le faire en est une autre 

huis-clos partout quand soudain tu prends une décision qui te semble importante 
remettre de l'ail dans ta bouffe 
mais wé putain 
le plus vieux médicament du monde

bruits de journaux froissés dans les arbres où les tourterelles s'enculent

t'es un mec du XX ème  siècle toi 
tu rêves de slows et de machines à écrire

jeudi 1 juin 2017

permaculture dans les cimetières

c'est bien nous ça
comme neufs
comme hallucinés du cadeau de nous-mêmes
dans les rues vides de la sève violette
ou à l'hôtel comme des héros en levrette
partouze à deux


c'est bien nous ça
souffrant d'un joyeux syndrome
foutre de cheval à gueuler partout dans la gare glacée

ou dans le fameux cabaret à larynger nos bluettes punkoides avec l'alcool de nos ventres
avec la sauce de nos souffles
ou dans le calque des souterrains parsemés d'étoiles cruciformes


nous affamés sur la route
sur les roues
sur les rails
derrière la baie vitrée du restoroute
au chaud
à se plaire dans l'écrasé de pommes de terre et de la connexion mentale
et du poulet grillé
et de tout l'or de l'orgasme vaginal 


toute une journée comme ça
contre la montre
dans le contre-jour enfumé
à bisouner nos verges à la base
et à jouer le contre dans la neige ensoleillée
joue contre joue dans des aires d'autoroutes absolument désertes
le lundi
en revenant de Lyon ou de la lune
dans la féerie de l'industrie lourde

et dans la féerie de l'enculade 

c'est bien nous ça
morts de rire en sanglots
avec le sang au volant de l'évidence qui berce nos poitrines
euphorie à faire foisonner le piano de nos poumons fatigués
euphorie
malgré les trains à prendre au vol et les dates butoirs qui nous cassent déjà la gueule


nous déjà mélancoliques car déjà périssables
et donc absolument parfaits pour ça
pour se pourlécher la lisière comme des ours emmitouflés sur la banquette arrière
à s'aplatir les seins
à se faire des trucs purs
à se faire des trucs salaces
à se faire les os super légers


moment m
instant t
à se dire au revoir la bouche pleine de buée
avec nos voix de roues voilées
nos voix d'oiseaux tombés du ring


c'est bien nous ça
à l'ouest de rien
à attendre que dalle
c'est bien nous
permaculture dans les cimetières

dimanche 28 mai 2017

adventices

dimanche midi
d'un coup la terre s'est aplatie
d'un coup la mélancolie est un poison qui soigne

restaurants aux noms ronflants
connards agressifs en terrasse
leurs pantalons repassés le prouvent
cerveaux confits par le vin rouge
le bide pété par les cèpes et le foie gras poêlé 
ils ne changent pas
ils se trouvent sexy
ils ont toujours plein de projets
ils ont bien raison


à la laverie 
en attendant que se finisse ma lessive
je discute avec un vieux qui m'explique sa passion pour les montres à gousset
il déplore également le fait qu'il n'ait pas de petits-enfants à qui transmettre ça
c'est fini les enfants il me dit et je sais que vous savez 
ça se voit il me dit
vous avez coulé tout ça dans une chape de béton mental à cause de votre enfance à vous

à part ça il lit Platon dans le texte

à part ça il vote extrême-droite

à part ça il me trouve bel homme 

en tant que directeur des ressources humaines
dieu est un gros déconneur 
je me dis des fois

et puis personne n'échappe vraiment à sa propre caricature
je me dis aussi

et puis rêve en sursaut dans un puissant parfum de mauvaises herbes que la pluie cuisine

tartes soupes beignets 
petite pluie fine exactement comme j'aime

matricule

poète professionnel
papy exhibos
salope du subjonctif
vendeuse de rêves en mousse
Bruce Lee du futur
schizophréne alcoolique en équilibre sur la rambarde du 16 ème étage
tout le monde te raconte sa vie


t'es chez toi
t'es tout seul
t'es à l'hosto

t'es en prison
t'es dans ta famille
t'es dans ta bagnole
tu aimes la bière
tu aimes les filles
tu aimes ton prochain mais pas ta voisine
tu manges passqu'il faut
tu n'as plus du tout peur du vide
passque le vide c'est là que tu vis
 

mignonnettes de pastaga dans les jardinières
matière fecale sur les poignées de porte


en vacances 
la police te confond avec un proxo local 
tu passes 24 heures en gardav'

t'essayes de te faire pistonner par ton ex à qui tu n'as pas téléphoné depuis trois ans
elle t'annonce qu'elle est enceinte
et qu'elle va bientôt être maman
et elle te raccroche à la gueule


une nana obèse en nage est persuadée de te connaître de chais-pas-où
tu lui dis que tu bosses ici depuis 20 ans
elle te répond d'un air soupçonneux
oui mais même


les films bouleversants t'ensuquent 

le secret c'est qu'il n'y a pas de secret
la polyvalence c'est juste l'autre nom du sous-effectif

au large la mer fait des morts
et les bactéries extraterrestres qui ont jadis ensemencé l'eau des volcans te font grave rêver


tu es tellement patient
que tu n'as plus besoin de psy


l'aurore se casse
l'aurore s'éteint comme le cul d'un bon vieux joint
tu t'appelles 4182

et le soleil te pue

photo SC