jeudi 22 décembre 2016

nous et le logo de nos coeurs

il a tout du banquier
tout du gendre idéal
sauf que son ami imaginaire semble être un député centriste avec qui il parle au téléphone 
sauf que son téléphone portable est une banane en plastique

soliloque avec tout le monde

ou alors dialogue avec personne

il dit que les pyramides ne sont pas des tombeaux

que les archéologues nous mentent depuis des siècles
que certains artistes le savent bien qui ont le courage oui parfaitement le courage
de se ridiculiser en public
à la radio
il dit que le complot est gigantesque
que l'univers est un hologramme
et que grâce à des médias corrompus
l'oligarchie peut continuer à travailler tranquillement à nous trahir

nous l'humus

nous la vraie élite 
nous et le logo de nos coeurs
nous et nos maisons irréelles
nous et nos vies catastrophiques
nous
nous devons d'urgence réinitialiser nos rêves

il s'apprête à quitter la rame du tramway en prenant par la main sa valise-cabine

mais juste avant il se retourne
toujours aussi hâve de figure
et se fend d'une ultime assertion
qui n'est pas un clin d'oeil
qui n'est pas un rictus
qui n'est pas non plus un poing levé

n'écoutez aucun conseil

y compris celui-là

vendredi 16 décembre 2016

en marchant vite ça se verra pas (à Pénélope Corps)

...
...
...
si tu ne désires rien
tu ne sais rien
je l'ai rêvée cette phrase
écrite en espagnol
gravée au couteau
sur une planche à découper
moi je ne parle pas l'espagnol
moi je suis l'anomalie 
moi je suis la de suite suspecte
ou alors la voleuse d'amour
ou alors la petite abandonnée
ou alors la gamine hybride 
éduquée par les bois
et la mémoire des pierres
et l'amour de sa maman
déficience mentale
en marchant vite ça se verra pas
elle dit ça maman
je vois que ça moi
mon ourlet défait
et les mille milices scientifiques qui vont avec
souvent
souvent tous les jours
souvent à la même heure 
j'échoue sur la presqu'île
où les mots me mâchent
mais j'écris pas moi je marche et puis je crie
et puis je creuse la nuit avec mes doigts
et puis je me creuse moi
et puis plus rien
j'aime pas les poèmes putain
j'aime pas les poèmes qui parlent de poésie putain
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<br>
trop tard

vendredi 2 décembre 2016

la ville fait des cercles

la ville fait des cercles
la ville est connue pour ça
la ville fait des cercles
ou alors c'est la nuit
ou alors c'est moi
fait toujours nuit avec moi
paraît-il
ou alors il pleut
ou alors les deux
et puis y a de la tendresse
et puis y a quelqu'un qui vomit
Loïc peut-être
célibataire sans ressource
ce soir il étouffe
peut-être à cause de Lucie
maman solo au smic
qui souffre souvent de spasmes
surbrillance du carrefour giratoire
les bus ne prennent plus de voyageurs
et les chiens la ferment enfin leurs gueules
tel un prince en exil
je sors de la supérette en m'éloignant
de l'haleine des gens
de leurs matchs
de leurs messes
et pars un peu rêver la vie

au bord du fleuve
un petit quart d'heure
épouser la rouille
et que soudain plus rien ne me manque