vendredi 18 septembre 2015

personne ne m'empêchera d'aller nulle part

48 ans pour un quart d'heure encore
je sais ça se voit pas trop
la vitrine est pas trop dégueu
même s'il n'y a plus grand chose en stock
après mon divorce
entre le chômage et la pension alimentaire
il m'est arrivé trois quatre fois de devoir fracasser un distributeur automatique
juste pour bouffer
ça m'a même valu une garde à vue
ainsi qu'un plan cul avec Rachel mon ex belle-soeur
qui est adjudant
et qui m'a toujours eu à la bonne
et qui est plutôt branchée cuir
mais j'ai pas trop eu le temps d'approfondir le sujet
ses baisers sentaient trop la merde
et ses conseils encore plus
enfin bref
à travers la vitre du tramway
je regarde la société tourner sous la pluie 
comme une fête foraine
comme une putain de clinique
où le peuple est transformé en bétail
c'est ça la douleur que j'ai
c'est ça la honte que j'ai toujours eu
comme un os dans le coeur
quand j'aime c'est toujours la catastrophe 
j'ai pas besoin d'aimer
ni les discours qui m'enfument 
ni les traditions qui me rendent débile
oui je vis seul désormais et je vous emmerde
personne ne m'empêchera d'aller nulle part

jeudi 17 septembre 2015

Heptanes Fraxion par Jan Bardeau

Heptanes traîne son genou qui grince dans les rues de Toulouse et dans les allées néonisées d'un certain hypermarché, poète des vies modestes, sa mélancolie face à un monde qui n'offre plus de compréhension se double de la solide ironie, parfois narquoise, de celui à qui ses périples tièdes n'amènent plus que désenchantement.

Jan Bardeau

mercredi 16 septembre 2015

Revue Métèque 3




muer fait mal

maudit dès le début de mes os
maudit dès l'eau de mes origines
maudit c'est-à-dire niqué
c'est-à-dire taillable et corvéable à merci
c'est écrit en toutes lettres dans la convention collective
sur tous les emballages
sur tous les panneaux qui me font tomber
la pleine terre transpercera mes organes
en me berçant tout doucement la charogne
en attendant il est à peu prés 17h26
dans la chaleur et sous les toits
dans le soleil de la solitude en slip
dans la bière et le manque de toi
j'ai comme l'impression que seule la musique m'écoute
qui éteint tous les bruits
sauf celui du chaos des idées
mariage sauvage durant lequel 
face à l'absurdité de cette petite vie débile
je dessine une alternative en faisant ricocher ma chair
juste pour voir si le paysage s'ouvre un peu
c'est ça ou aimer n'importe qui
c'est ça ou détester tout le monde
aujourd'hui il n'y a pas de juste milieu
muer fait mal
mais ne pas muer tue

photo SC