jeudi 24 décembre 2015

bordel de merde

à l'heure qu'il est
avec le temps qu'il fait
ils vont éviter la ville
le cowboy de l'espace
et le poète obscur
et se caler au bar 
que tient la rouille
au bord des rails
au crépuscule
loin de la route
à coté du parking
à gauche du hangar
qui fait aussi camping
deux parpaings
une grille
quelques saucisses
quelques bières à craquer
à même le sol
sur le béton
à la santé du chien Platon
tabac de cuisine
et pommes des fous
y a le ciel du soir qui enchaine
les archipels et les pochoirs
bordel de merde
comme c'est vital parfois
de décevoir

jeudi 17 décembre 2015

boule à z

budget et conscience tranquille
décidément l'intérêt général  n'intéresse pas grand monde
derrière les beaux discours
c'est souvent la plus lamentable des cupidités qui règne
je me disais ça ce matin
tout en pissant dans le lavabo
tout en rasant mon crâne
et je me le dis toujours en rentrant des courses
perdu dans mes pensées dans le hall de l'immeuble

si j'étais un homme
je serais exactement coiffée comme vous
elle me dit
la pimpante sexagénaire du troisième
et ce faisant 
elle passe au scanographe mon sac de provisions
c'est un choix que je n'ai jamais regretté
lui dis-je
et finalement il n'y en a pas eu tant que ça

sourire sans sourire tout en souriant
elle sait très bien faire ça
la pimpante sexagénaire du troisième
et de poursuivre la conversation avec sa petite-fille
une lycéenne tout aussi pétillante et dynamique
(ne pas penser self-fisting) 
apparemment 
le soleil est moins dangereux entre midi et deux
apparemment
les gens sont moins malades la veille des jours fériés

dimanche 7 septembre 2014
deux psaumes et une noisette de gel intime
je suis toujours autant  amoureux de mon célibat

mardi 8 décembre 2015

mots clefs n 37

la vie c'est nul
la vie c'est génial
personne n'y comprend que dalle
ta mère la pute 
il n'y a pas qu'au Venezuela
que les enfants reproduisent de vieilles traditions
la nuit dans le parc
des étudiants la bite à la main 
font jouir papa 
...hasard du calendrier
...problème d'algorithme
bateaux fantômes noyés dans le feu
le mobile reste toujours aussi mystérieux

mercredi 2 décembre 2015

et puis que finalement non

il regarde au feu rouge la jolie nénette d'un certain âge
balancer par la fenêtre de sa voiture à la mode
le film plastifié de son paquet de clopes
c'est toujours un peu dégueulasse les fumeurs hein
et il n'y a guère plus con qu'un automobiliste

avant il était fumeur
avant il était routier
de Barcelone à la Pologne
en passant par Manchester
(aah les bordels de Manchester)
mais lui il ne la prend plus la bagnole
y a de l'huile qui est passée dans le moteur
et puis il y voit beaucoup moins bien qu'avant
parfois au lever
il a les yeux qui pleurent tout seul

sa femme était secrétaire médicale
quand il a pris sa retraite en même temps que elle
il s'est vite rendu compte qu'ils avaient plus rien à se dire
divorce à 60 balais
faut le faire quand même
depuis il a appris par sa plus jeune fille que elle s'était barrée dans le Limousin
rejoindre un mec marié
un quinquagénaire qui devait divorcer
et puis que finalement non

les gens s'emmerdent
il comprend pas comment ils font

le brouillard givrant
il a toujours aimé ça

ça va vite arriver la Noël

samedi 28 novembre 2015

prothèses et impasses relationnelles

Hector
il est épris de justice
il est idéaliste
Hector il sait
et lorsqu'il ne sait pas 
il peut très vite devenir mesquin
c'est-à-dire radin du coeur
comme peuvent l'être les fils de profs
toujours à faire la messe

converser avec Hector
c'est soit acquiescer en permanence
soit la fermer pour toujours
et les conversations deviennent des débats
et les débats deviennent des procès
et finalement mon procès

tu sais Heptanes
les mots sont importants
les cauchemars sont aussi des rêves
pour se permettre de faire des reproches
faut être soi-même irréprochable
ça t'etonne qu'on puisse avoir envie de te foutre sur la gueule
il me dit

Hector
sa colère a toujours besoin de cibles
et sa propension à l'embrouille semble sans fin
c'est pas comme si je savais pas
y a cinq ans 
je l'avais déjà viré de ma vie exactement pour ça
je venais d'enterrer ma mère
et il n'avait pas supporté que je dise de ce fameux réalisateur
que je n'avais pas besoin de regarder ses films
juste ses bande-annonces

n'empêche ce soir
tandis que les amis redeviennent de simples utilisateurs
la mélancolie me murmure des trucs qui s'écoutent seulement à la bougie

jeudi 19 novembre 2015

comme un peu de choix dans ma vie lourde

quand je préfère chômer plutôt qu'obeir 
je vais voir les arbres 
non loin des gravières où se reposent les oiseaux
où d'aller si vite la lumière du soleil semble presque immobile

presque
passque quelque chose tremble
autour des monticules de sable
comme un peu de jeu
comme un peu de choix dans ma vie lourde
peut-être grâce au vin
ou peut-être pas

deuil deuil
ce monde crèvera dual
et moi aussi 
et moi avec
et oui Yoann
j'aime bien dramatiser

vendredi 13 novembre 2015

mots clefs n 36

...du sport
...des grillades
...de l'air pur
...du contact aucun obstacle à l'évasion
qui ça qui ça
ben des gens qui te parlent normalement pardi
oh ça va toi tu les as peut-être toi les moyens de ta politique
courbe ondulatoire & noyau galactique
il est toujours aussi chaud le petit bâtard et surtout n'oublie pas
de claquer le bisou à Tata

samedi 7 novembre 2015

Perrin Langda & Compagnie

jeudi 5 novembre 2015

tout ce qui s'oppose finit par se compléter

Paola
elle se plaint pas
elle dit juste la vérité
un procès au cul
et une tumeur à la thyroïde
alors fini les formules
elle est pas pète-sec Paola
elle est poiscaille ascendant vierge
"une vraie sainte"
elle materne pas
elle cherche juste quelqu'un avec qui décemment converser
son pays c'est Belleville
Belleville la noich
Belleville la feuj
Belleville qui chlingue et qui fleure bon 
le populo et la bourgeoisie bohème  
le pinard et la beuh
la bonne chère
la chère 
la pas chère 

Paola me parle d'un connard que tout le monde s'accorde à trouver talentueux
pas moi
je trouve que sa prose tord du cul pour chier droit
beaucoup d'ampoules pour pas beaucoup de lumière au final 
et du coup je lui cite le nom d' une nouvelle revue qui exceptionnellement
n'est pas une énième gazette tenue par un pseudo écrivain encore une fois trahi par les siens

Paola
elle oppose l'art absolu du retour à la saine solitude
à un certain collectivisme à but critique

tout le monde se touche avec ça
et tout ce qui s'oppose finit par se compléter
moi je dis en enchainant les bières sous mon abribus

si ça doit m'empêcher de penser 
elle préfère remettre notre discussion à plus tard
y a des sujets qui lui tiennent vraiment trop à coeur

ou alors elle m'écrira Paola
elle m'écrira un petit bleu 
comme on disait au temps de Stendhal  
et soudain c'est drôle
j'ai comme l'impression qu'il pleut des antidouleurs

vendredi 30 octobre 2015

encore une bonne occasion de rigoler tout nu

je ne veux rien
rien du tout
rien de tout ça
ni l'accès aux mers les plus chaudes
ni le chemin des vraies vacances en famille
l'enfance
le père mort
deux têtes et trois corps
et au milieu de la musique
des sanglots
enfin voilà quoi
les souvenirs qui m'étouffent ne sont pas forcément les miens

il est 5h42
je ne dors pas
ça ne veut pas dire pour autant que je ne rêve pas
d'autant que la fille aux cheveux mi-longs tient à me montrer
comment sa brosse à cheveux 
ne lui sert pas qu'à brosser ses cheveux
fessée
intromission
en échange 
je dois éjaculer dans ma main et manger mon sperme
et c'est encore une bonne occasion de rigoler tout nu

un peu plus tard 
à demi-mot
elle me confie
qu'elle aime beaucoup les chevaux
mais pas l'équitation 
mais pas la viande
ah 
euh
le jour se lève et puis il pleut
et en marchant parfois longtemps le long des rigoles
je retrouve ce truc que je n'avais jamais perdu
un genre d'oubli qui prend enfin soin de moi
je ne veux rien et je le veux maintenant

mercredi 7 octobre 2015

Romuald

sédentaire
français
normal quoi
il mesure 1m84
il a 44 ans
son chien 6
qui pèse 40 kilos
qui s'appelle Alpha 

en plus de son genou
sa femme exige qu'il passe un scanner du cerveau
car en vieillissant 
elle trouve qu'il devient de plus en plus violent
c'est-à-dire de moins en moins subtil dans la manifestation de son désir 

conjointe non désirante
il dit pas que c'est mal
il dit pas que c'est pas mal
le mystère de soi-même
l'humour
c'est comme le vélo
c'est comme tout
on s'habitue à tout
et la libido
chacun se la gère

Eléonore

Eléonore
elle est étudiante
elle a 24 ans
elle mesure 1m55
son chien s'appelle Haka
elle n'a rien contre le rapprochement sensuel des êtres

et pourquoi pas sexuer l'amitié hein
et pourquoi pas pour une fois
faire passer l'interêt des individus
au dessus de celui des états 

au grand dam de sa famille
Eléonore n'a pas peur
même cernée par les contingences matérielles
elle ne confond pas l'harmonie et le conformisme

et toujours
dans un coin de sa tête
une certaine idée du voyage

vendredi 18 septembre 2015

personne ne m'empêchera d'aller nulle part

48 ans pour un quart d'heure encore
je sais ça se voit pas trop
la vitrine est pas trop dégueu
même s'il n'y a plus grand chose en stock
après mon divorce
entre le chômage et la pension alimentaire
il m'est arrivé trois quatre fois de devoir fracasser un distributeur automatique
juste pour bouffer
ça m'a même valu une garde à vue
ainsi qu'un plan cul avec Rachel mon ex belle-soeur
qui est adjudant
et qui m'a toujours eu à la bonne
et qui est plutôt branchée cuir
mais j'ai pas trop eu le temps d'approfondir le sujet
ses baisers sentaient trop la merde
et ses conseils encore plus
enfin bref
à travers la vitre du tramway
je regarde la société tourner sous la pluie 
comme une fête foraine
comme une putain de clinique
où le peuple est transformé en bétail
c'est ça la douleur que j'ai
c'est ça la honte que j'ai toujours eu
comme un os dans le coeur
quand j'aime c'est toujours la catastrophe 
j'ai pas besoin d'aimer
ni les discours qui m'enfument 
ni les traditions qui me rendent débile
oui je vis seul désormais et je vous emmerde
personne ne m'empêchera d'aller nulle part

jeudi 17 septembre 2015

Heptanes Fraxion par Jan Bardeau

Heptanes traîne son genou qui grince dans les rues de Toulouse et dans les allées néonisées d'un certain hypermarché, poète des vies modestes, sa mélancolie face à un monde qui n'offre plus de compréhension se double de la solide ironie, parfois narquoise, de celui à qui ses périples tièdes n'amènent plus que désenchantement.

Jan Bardeau

mercredi 16 septembre 2015

Revue Métèque 3




muer fait mal

maudit dès le début de mes os
maudit dès l'eau de mes origines
maudit c'est-à-dire niqué
c'est-à-dire taillable et corvéable à merci
c'est écrit en toutes lettres dans la convention collective
sur tous les emballages
sur tous les panneaux qui me font tomber
la pleine terre transpercera mes organes
en me berçant tout doucement la charogne
en attendant il est à peu prés 17h26
dans la chaleur et sous les toits
dans le soleil de la solitude en slip
dans la bière et le manque de toi
j'ai comme l'impression que seule la musique m'écoute
qui éteint tous les bruits
sauf celui du chaos des idées
mariage sauvage durant lequel 
face à l'absurdité de cette petite vie débile
je dessine une alternative en faisant ricocher ma chair
juste pour voir si le paysage s'ouvre un peu
c'est ça ou aimer n'importe qui
c'est ça ou détester tout le monde
aujourd'hui il n'y a pas de juste milieu
muer fait mal
mais ne pas muer tue

mercredi 26 août 2015

même Nancy c'est mieux

adoptée à 5
émancipée à 15
elle n'a jamais connu son père
elle n'est jamais parti à sa recherche
elle a décidé une bonne fois pour toutes
que son père était Lemmy Kilmister
elle ne fait jamais la bise
jamais
et ne croit pas à l'astrologie
même si les trois mecs qui ont le plus compté dans sa vie
étaient tous trois du signe des gémeaux
elle est veuve 
elle a trois enfants
trois garçons
et y a trois ans jour pour jour
elle a fait un infarctus
en portant un morceau d'avion
pendant une mission intérimaire
les seuls êtres vivants qu'elle n'a jamais envie d'engueuler
sont les chiens et les plantes
ainsi qu'une corneille à qui elle file tous les matins un bout de croissant
c'est tristouille ce soir 
c'est vraiment tristouille
taxi jusqu'à la gare sous une pluie très très fine
elle enchaine clope-café-clope
adossée
à l'abri
la main droite sous son aisselle gauche
à s'abstraire dans les films que font les reflets
elle quitte Albi
elle a sa dose de crevards
son meilleur ami est devenu un gros enculé
non tu ne peux pas m'appeller maman
et non on ne peut pas baiser quand même
elle ne reviendra jamais dans cette région de merde
jamais
même Nancy c'est mieux

jeudi 20 août 2015

Clovis

tu le sais ça Capitaine
je t'apprends rien
le métro est piloté par un ordinateur
une fois
y a trois ans
il a freiné d'un coup sec sans prévenir 
j'etais bourré normal 
en train de chanter "Laissez-nous chanter" de Gold
tu dois connaitre si t'es de Toulouse
"Laisseeez-nous chanteeer
le peu d'amour qu'il nous resteeuh..."
et BAM
j'ai valdingué dans la rame
comme un gros sac de linge sale
moi et mon quintal de viande
contre une barre de maintien
résultat
triple fracture du complexe suspenseur supérieur
apparemment 
c'est pas courant comme fracture
depuis c'est toute une histoire 
pour moi
pour changer une ampoule
c'est joli la France hein
tous ces mélanges
les blancs les noirs les arabes les brésiliens
moi je viens d'une ville mono industrielle
d'une région où tu peux conduire très longtemps 
sans jamais croiser personne
où chaque paysage correspond à un certain état d'âme
tu comprends ce que je veux dire Capitaine
je sais que tu comprends
du jour au lendemain
la richesse a tout empoisonné
et je me suis fait virer
trop de gueules de bois
trop d'engueulades
mon chef m'a dit 
Clovis
il est grand temps que tu te prennes en charge
tiens regarde-le lui qui monte
c'est la première fois que je le vois
et pourtant je le reconnais de suite
lui aussi c'est un chef
faut pas lui demander comment ça va
ça va jamais
tout se confond et tout se ressemble
mais il y a forcément un autre chemin
j'emmerde Spinoza 
je vais me vider quelques chopines Capitaine
tu te joins à moi ?


mercredi 5 août 2015

Djamel

il parle tout seul
Djamel en djellaba
en survêtement
en sketba
en mode schlag
mais classe
il creuse l'espace
il creuse sa vie
il creuse l'espace avec sa vie
à 11 heures du matin
à 49 ans
à prendre certaines libertés avec le Prophète
pendant la canicule
pendant le ramadan
rongé par la rue
cramé par la bière
à l'arrêt de bus
à laisser passer tous les bus
à taxer des clopes
merci frère
avant on disait cousin hein
avant on disait jardins ouvriers
maintenant on dit frère
maintenant on dit jardins familiaux
c'est comme ça
les anciens
il les respecte beaucoup beaucoup
il parle tout seul
Djamel
il parle d'un certain Fabrice
qui n'arrête pas de foutre sa merde
qui n'en a jamais marre d'embrouiller les gens 
et qui lui a volé sa guitare
pourquoi il a fait ça
Fabrice 
ce fils de chien
il sait pas en jouer de la guitare
Fabrice

c'est pas son monde la musique
putain
son truc à lui c'est la violence
il aime ça la violence
Fabrice
surtout quand il a bien tisé
surtout quand il a bien sniffé sa merde
et Djamel dit qu'il va lui faire une nouvelle cicatrice 
à Fabrice
au cou
au couteau
et la tête au carré
et les deux yeux au beurre noir
que même ça lui fera un maquillage pour toute la vie
et que sa gueule à Fabrice
elle va ressembler à un tableau
il parle tout seul 
Djamel en djellaba
en survêtement 
en sketba

lundi 13 juillet 2015

Revue Métèque 2



ACIDE CRITIQUE


Benoit Vallegra 
Kristobalone
Heptanes Fraxion
Yan Kouton
Nicky Bilbao  
Azylis de Nowhere
Jacques Cauda
Alain Fontaine
Jan Bardeau
Rémy C.
Alienor Oval
Perrin Langda
Antonin Sobel
Necro Mongers
Severine Castelant
Saïmon
Daniele Chaneac-Delamare
Louise Sullivan
Thierry Théolier
Jon Ho
   

Photomontage couverture : François Meunier
     Pour toute information concernant l'un de ces auteurs envoyez un mail à :
        jonathanferin@hotmail.com ou retrouvez les sur Facebook page ACIDE CRITIQUE

mercredi 1 juillet 2015

tant pis si c'est pour rien tout ça

beaucoup d'échecs au final
et si peu de réussites au final
le monde est tellement tellement moderne
les tempêtes font les rois
les tempêtes les défont
conversations inutiles au coin d'une table
avec des bouches contaminées par le bruit
des bouches qui se trompent sans brio
Rodolphe par exemple
moitié surfeur
moitié péquenaud
chaleureux et retors
à la coule
mais à fond dans la compétition
Rodolphe ne comprend pas que les gens qui n'ont pas d'enfant soient toujours en train de se plaindre
Rodolphe ne comprend pas non plus que les gens ne l'admirent pas un peu plus
Rodolphe ne parle que de lui en fait 
parfois sans le savoir
ce que t'as pas fait avant 40 ans
il me dit
tu le feras pas après
il a 39 ans
moi 41
je décline la balade avec le chien
je décline les churros
je décline le feu d'artifice
mon esprit prépare déjà le chemin
le verger 
le ravin
le morceau de pain
et l'exaltation qui va avec le renoncement
un renoncement si proche du désir
ni huées ni bravos
et la chance me sourit
et l'horizon me ressource
tant pis si c'est pour rien tout ça
ouais
tant pis si c'est pour rien

mercredi 10 juin 2015

métaphores et coups de pieds fouettés

une excellente mémoire
mais quasiment aucun souvenir d'enfance

à ce stade
toutes les hypothèses sont possibles
des fois c'est la chaleur
des fois c'est la fatigue
des fois c'est l'instrumentalisation de la justice
à des fins politiques

des gens se morfondent chez eux
jouant à des jeux au lieu de renouer
avec le fruit frais des forêts
ou le grain si fin des averses venues d'Allemagne
ils ont toujours raison

s'ensuit toute une série de péripéties
un chevreuil
un poids lourd en panne
et un peu plus au nord
au km 179
prés de la bretelle de liaison
une personne qui se met en danger

à force d'engueuler le bruit
elle finit par se disputer avec le silence
métaphores et coups de pieds fouettés 
passque tout plaquer la brûle
passque tout plaquer
la brûle

samedi 6 juin 2015

Norbert

52 ans
il sort du taf Norbert
avec sa prime de nuisance
avec les risques psychosociaux qui vont avec
un peu hébété quand même
thorax étrangement chaud 
pour quelqu'un qui n'a presque pas bu
pour quelqu'un qui ne se sent presque plus valable
il traverse les rues colonisées par le sucre et l'euphorie
fête de chais-pas-quoi
victoire de chais-pas-qui
les nuiteux les gros nazes
les relous les bosseurs
les noceurs 
les petits malins porteurs de menaces
s'amusent déjà à se détruire
s'abimant dans la quantité
en attendant de se soulager les moeurs
52 ans
il a fini par le trouver Norbert
son coin tranquille
sa cage de plein air
son creux poplité 
au bord du fleuve
il ne s'inquiète plus de rien
ni du soi-disant secret du monde
ni de vers où partir après
techniques sauvages
echos merveilleux
parfois c'est bien 
de prendre de l'âge 

vendredi 29 mai 2015

dérive

reveillés par la machine qui fait rêver léger
on commence à apercevoir le port
où la mécanique convoque un certain mysticisme
en partie dû à l'aura mauve du ciel gris
qui nimbe les angles immenses des portiques
les heures indues ont tendu la couenne de nos visages
et il y a des traces sur le pont
comme des coquelicots de peinture rouge
le vent va bien 
alors que la dérive se met en place
le vent va si bien que d'un coup 
ne plus parler devient tout doux

mercredi 27 mai 2015


Benjamin Bloch

pendant la nuit
ils ont déménagé la laverie automatique
les vacances scolaires approchent
et le célèbre cirque pas célèbre s'est installé sur le parking 
juste en face
la bruine délave la ménagerie
pétales de fleurs partout
chuis pas malade
c'est le temps qui me fait ça
je vais pas au travail
je vais pas chez moi
j'ai pas envie
et avec ma flasque
dans le bus
je truque mon caoua
mon voisin raconte à sa voisine
comment grâce à sa grand-mère
son village natal est resté moche
après la guerre
elle avait le don la vieille
soit pour t'en mettre plein la vue
soit pour t'entuber
alors compréhension mes couilles
le printemps me déteste
et c'est réciproque
m'attends pas
je te fais de gros bisous quand même
Benjamin Bloch

mardi 12 mai 2015

y a des quartiers où on voit mieux les étoiles

son blouson en plastoc
son orgelet
son vieux genou
ses jeux de mots à deux balles
ses mollards traçants
comme des balles de bave au bicarbonate
la thune n'est pas tombée du ciel
il rentre au bercail à pinces  
méandres de la grande agglomération
qui sentent les pâtes à la carbonara
dans les couloirs de la nuit creusée
les couleurs sont toutes en colère
ouais
soulagement ou tristesse
terminus ou retour à la base
il en est où
il en sait rien
on va tous mourir un jour
question de temps
mais pour l'instant il resquille 
sa solitude est une seconde chance 
putain
il se sent bien d'un coup
y a des quartiers où on voit beaucoup mieux les étoiles
Crédits : Yann Castanier

dimanche 10 mai 2015

il n'y a plus de vent par contre il pleut

il n'y a plus de vent
par contre il pleut  
on ne voit pas les gens pendant un moment
et il se passe des trucs 
discrètement 
à l'aube
l'unité se fait toujours au détriment de certains
horizons artificiels & ordres automatiques 
c'est pas que ça la vie
c'est pas toi
c'est pas moi
c'est autre chose 
crois-moi
à traverser la forêt
jusqu'au bord de la falaise
je me sens pur d'un coup
passque c'est l'automne
et que mon sang me tient chaud
y a de l'envergure 
y a de la turbulence
et les chiffres ont fini de parler
aller nulle part
mon vrai métier

mardi 5 mai 2015

c'est drôle la vie quand même

dans l'Oise
à Athènes
au nord de Paris
en amont
en bordure
dans le canal
à la une
un cadavre
un petit garçon
un civil
deux soldats
deux détenus
un professeur
un homme âgé
une figure locale
une femme retrouvée nue
en état de choc
sous l'emprise de l'alcool
ce weekend
dans ses bras
dans la nuit
au dessus du restaurant
une altercation
un incendie
pronostic vital
température ressentie
oui mec
tu es spécial
passque tu es unique
et tu es unique
passque tu es seul
comédie irresistible
polar haletant
c'est drôle la vie 
quand même