vendredi 2 décembre 2016

la ville fait des cercles

la ville fait des cercles
la ville est connue pour ça
la ville fait des cercles
ou alors c'est la nuit
ou alors c'est moi
fait toujours nuit avec moi
paraît-il
ou alors il pleut
ou alors les deux
et puis y a de la tendresse
et puis y a quelqu'un qui vomit
Hervé peut-être
célibataire sans ressource
ce soir il étouffe
peut-être à cause de Lucie
maman solo au smic
qui souffre souvent de spasmes
surbrillance du carrefour giratoire
les bus ne prennent plus de voyageurs
et les chiens la ferment enfin leurs gueules
tel un prince en exil
je sors de la supérette en m'éloignant
de l'haleine des gens
de leurs matchs
de leurs messes
et pars rêver au fleuve
un petit quart d'heure
épouser la rouille
et que plus rien ne me manque

dimanche 27 novembre 2016

Patrick

il est artiste-peintre
se présente comme un païen
il vit dans des constructions modulaires
sur un immense terrain vague 
non loin de l'aéroport

il peint principalement des portraits
des portraits de poètes blancs si possible non-juifs
des portraits de dessinateurs de bandes dessinées 
ou de hauts fonctionnaires nazis
ou de la bassiste de Sister of Mercy 

il a du mal avec les femelles
il a du mal avec les métis
il ne croit pas au métissage
il ne croit pas à l'influence japonaise sur l'oeuvre de Vincent Van Gogh
il ne croit pas non plus que le plus ancien squelette d'hominidé
ait été retrouvé en Ethiopie 
propagande il dit
en reniflant trés fort
vraiment trés trés fort

il a également beaucoup de mal avec les prénoms
j'ai mis à peu prés trois ans avant de connaître le sien 
Patrick 

Patrick ne dit jamais bonjour
et quand quelqu'un lui dit bonjour
il répond
"on va dire ça"
en reniflant très fort
vraiment très très fort

il est super content que je sois désormais membre de la Sacem
(merci à Margot du groupe Delmar)
grâce à ça 
il est persuadé que je peux faire favorablement impression sur un éditeur

sinon il vient juste de finir une petite cabane pour que ses chats y puissent dormir cet hiver
et il les appelle comment ses quatre chats hein ?
ben les chats
Patrick a beaucoup de mal avec les prénoms

Mathilde

elle a de très bons gènes
elle en convient
elle n'en fait pas toute une histoire
même si elle fait gaffe à son alimentation
peu de sucres
pas trop de glucides
et pas du tout de viande
un de ses grands plaisirs dans la vie
c'est de traîner en pyjama de flanelle 

et d'explorer la bibliographie de Margaret Atwood en croquant quelques morceaux de chocolat à la lavande
l'argent n'a jamais été un moteur pour elle
en revanche l'indépendance financière a toujours été une priorité
elle a parfois eu de la chance
elle a parfois été bien inspirée
mais c'est d'abord son ardeur au travail ainsi que sa créativité qui lui ont permis d'apprendre rapidement de ses erreurs
la drogue l'alcool la flambe
les mecs persuadés de coucher avec elle simplement grâce à leurs belles gueules
elle a très vite trouvé ça sordide
et dans son milieu
beaucoup ont trouvé ça sordide
qu' elle puisse trouver ça sordide
l'humanité est tellement insipide
qu'elle étudie le moindre contrepoint qui lui paraît rafraîchissant
elle n'est pas vraiment inquiète de sa date d'expiration
non pas vraiment inquiète
car elle aime toujours autant s'instruire et ne porte jamais de culotte


COLLECTION METEQUE :TOSHIHIRO OKADA.

Le livre de Jean-François Dalle est un chef d'oeuvre collectif. Orchestré d'une main puissante et caressante, il donne à voir les photographies hallucinantes, bouleversantes, grinçantes, mouvantes de Toshihiro Okada (black opal), artiste inconnu au Japon - C'est pourquoi ce livre fera date (ou devrait faire date) dans l'histoire de l'art. Accompagnant les photos, quelques textes (onze auteurs) ouvrent des perspectives, les ferment, clouent le bec aux tartineurs modernes par l'économie des mots, les phrases qui claquent comme portes en fer. Dans les noirs et blancs de Jean-François Dalle et d'Okada, ce sont les formes du monde qui se mélangent, aspirées, déplacées, laissent un bon gros noir profond derrière. Tout à redessiner dans un sourire édenté. Avec des textes de Marlene Tissot, Léonel Houssam, Séverine Castelant, Heptanes Fraxion, Nadine Jannsens, Marianne Maury Kaufmann, Werner Moron, Geneviève Paclerc, Thomas Vinau, Clemence Rose, Nicolas Albert G.
42 euros ? un cadeau vu le travail, l'objet. Un peu comme un coffret deluxe du velvet underground qui aurait été acheté en 66, voilà ce que j'en dis.
Disponible sur commande sur http://www.revuemeteque.com/static/collection-meteque/
Soirée de lancement le 29 novembre à la librairie Libres Champs Léa dans le 6ème arrondissement parisien:
https://www.facebook.com/events/170860840041366/


NAG

dimanche 13 novembre 2016

ça et la gentillesse

les ténèbres s'éteignent
brume autour de la loupiote
brume tout autour
l'océan est loin pourtant
mais grâce à un spray nasal à base d'eau de mer
la cuisine devient cambuse
et le balcon devient bastingage
et l'appart un putain de rafiot
les ténèbres s'éteignent
je me suis rasé le crâne
j'ai fait un bout de vaisselle
j'ai descendu les poubelles
et puis j'ai quitté mon couple définitivement
les ténèbres s'éteignent
ce matin le mail est luisant de rosée
où craquent les feuilles comme des chips
je pense arbre généalogique
je pense branche morte
je pense à moi
la solitude produit son propre vin
une pure merveille que je savoure
çà et là
ça et la gentillesse des filles peu recommandables
ça et la gentillesse
les ténèbres s'éteignent

dimanche 6 novembre 2016

pluie sur le ballast

pluie sur le ballast
pluie sur le ballast en attendant ma correspondance en autocar
à Carmaux
dans la cour de la gare
comme c'est trop bien
j'ai pas les mots
ni les bons ni les gros
Gwenn oui
qui veut pendre avec leurs tripes
tous les épiciers et autres radins du coeur
du genre motards
du genre connards enflés d'orgueil
du genre littérateurs
et dans la foulée cramer les écoles où on n'apprend plus qu' à obeir
à part ça
elle me remercie de l'avoir laissée délirer avec le clitoris de mes seins
je gueule un peu pour la forme
mais pour de faux
passqu'en fait chuis ému
hého et mes pectoraux alors?
oui ça aussi
elle me dit Gwenn la gouine
et j'entends feuler son sourire au téléphone
fusée qui déclenche autour de moi cinq bonnes minutes d'aurore
feu sans feu
alors que la nuit saute en parachute
et tombe au ralenti
pluie sur le ballast
pluie sur le ballast
en attendant ma correspondance en autocar
à Carmaux
dans la cour de la gare
les feuilles mortes me torchent le coeur
...
...

MA GUEULE VU PAR REALPOETIK

Heptanes Fraxion:
Vieux de la vieille, du genre à avoir déjà invoqué les mânes de Cendrars sur Minitel.
Pense que la poésie aujourd’hui c’est sur des blogs obscurs, et le met en pratique.
Publications en revues (Métèque, le Cafard Hérétique, etc).
A développé, comme ça, en douce, une des voix les plus reconnaissables de la poésie contemporaine. Comme si ça allait de soi.


REALPOETIK




REALPOETIK N 8


(photo:Elodie)
Jim Floyd / Heptanes Fraxion  (photo: Séverine Castelant )



VIOLENCES # 1

                                    à commander chez luna_beretta@outlook.fr

dimanche 23 octobre 2016

mauvais cheval

il boite
mauvais cheval que son squelette ce soir
les cheveux gris c'est lui
le sang en plastique c'est lui
il vient d'apercevoir son ex sortant d'un bar bouillant
bouillante elle aussi au bras d'un type aux yeux clairs
probable passé d'athlète
bossant probablement dans la téléphonie mobile
ils ont tous des rires débiles dans ce milieu
et des pantalons qui leur rentrent bien dans le fion
chaussures ultra pointues évidemment
plus t'es gentil
plus elles se barrent les meufs
il pense surtout à tous les bons skeuds qu'il a perdu pendant le déménagement
enfin bref
il quitte les beaux quartiers stériles
la nuit s'annonce bien froide qui arrive avec la pluie
avec la zone
avec le vide
avec le corps qui ne produit pas assez de cortisone
boulevards circulaires comme des scies
le long des rails
le long de l'eau qui marche du canal du Midi
il boite
et même sa béquille boite




mardi 20 septembre 2016

Gilles

revu Gilles l'autre jour
devant la médiathèque
on a parlé de ses cultures maraîchères
on a parlé de Ken Stringfellow
le mec de Seattle qui par un incroyable concours de circonstances
a accepté de produire son album

on a aussi parlé du suicide de son ex femme
une nana aussi perturbée que perturbante
procédurière au possible
la mère de sa fille aînée

elle avait tout pour réussir ça
toute la panoplie à portée
toute la pharmacopée

c'est pas trop loin où tu vas
il me dit
finalement c'est pas trop loin
ça dépend d'où tu pars
je lui dis
toujours pareil
gros steak que son rire pectoral
poignée de main marquante

on a parlé
et puis cirro-stratus au delà de l'arche

mercredi 7 septembre 2016

début septembre

mon père me laisse un message téléphonique
il s'inquiète de ne plus avoir de nouvelles de ma mère
problème 
mes parents ont divorcé il y a 25 ans
problème 
ma mère est décédée voilà bientôt six ans
le lendemain nouveau message de mon père
euh il s'excuse pour ce moment d'absence
et me raconte deux trois histoires passionnantes
d'astéroïdes et d'exoplanètes

le fanzine Violences sera en noir et blanc
format A5  
il me tarde de voir la couverture

je me fais un peu chier ici
je dois dire
mais de façon très agréable

au bord des falaises 
la bière me monte légèrement à la tronche
ma barquette de nouilles sautées est carrément délicieuse 
encore merci Virginie pour cette adresse

ciel et mer pareillement bleus
aux yeux gris de Gwenn la gouine
femme-soeur
qui trouve mes comparaisons trop chou 

apparemment
elle ne serait pas contre
je cite
tamponner de nouveau
mon gros clitoris avec sa petite bite

et partout
d'un seul coup
tout est cantique
et partout
d'un seul coup 
tout est cantique

mardi 6 septembre 2016

les gens sont laids ou alors c'est moi

trois tasses de thé vert
quelques morceaux de pastéque
une barre de chocolat
un yaourt
mon crâne à raser
mon ombre à boxer
mon ombre ou bien le tancarville
sauter à la corde
baiser le carrelage 
écouter la radio 
faire tourner l'horloge
pas envie de sentir bon
pas envie de jouer le jeu
éviter de justesse
le peu de famille qu'il me reste
mon père notamment et ses fixettes malsaines
qui prend en otage nos conversations 
en insultant la mémoire de ma mère
je finis blessé
je le lui dis
et le lendemain
je trouve une lettre sans timbre dans ma boite
Heptanes
tu me fais vivre un nouveau drame
ton père
tout pue
la canicule
la pleine lune
les gens sont laids
ou alors c'est moi
un truc dans ma bouche
un truc dans mon nez
j'attends la pluie comme tout le monde
la bière a comme un goût de bave 
mis à part ça
je fais cuire du riz 
mis à part ça 
tous vos reproches sont fondés

c'est comme ça maintenant

j'ai travaillé 40 ans dans la restauration à Paris
mais je voulais pas mourir là-haut
avec tous ces cas sociaux 
alors je suis redescendu ici

papa était diabétique
maman était diabétique
du coup moi aussi
des pâtes
du couscous
une grappe de raisin
y a du sucre partout

j'ai un ami qui est comme moi
un grand enfant 
un grand fan de Barry White
à part que lui
il a un ranch à trente bornes en allant vers la mer 
et des migrants qui viennent tout le temps le squatter
et un jour il en a eu marre le copain
et il a sorti son fusil et tiré deux coups en l'air 
manière de dire
oh ça suffit 
les migrants ont porté plainte
et c'est lui qui est emmerdé maintenant
tout ça c'est politique
à notre échelle on y peut rien
bon
faut que j'aille voir pour une nouvelle machine à laver
là-bas dans la zone
la nôtre nous aura fait six ans 
c'est comme ça maintenant
viagra pour les vieux 
pilule pour les jeunes 
les femmes sont bourriques
et nous les hommes
pauvres couillons
c'est nous les bêtes sur cette terre