dimanche 19 mars 2017


la eternidad y luego un hoyo en la cerca ( trad. de Laurent Bouisset et d'Erick Gonzalez.)

eso es lo que necesito
cosas llenas de óxido que se arrastran en el polvo y el sol
una larga línea recta una ciudad vacía un lugar perdido
donde mi cráneo camine descalzo entre hangares y silos
eso es lo que necesito
el máximo de espacio
la trashumancia de las nubes
billones de cielo azul en efectivo
la masa intensa y poética
de los transportes pesados
una juerga hermosa
una coherencia extraña
un silencio de oro
sí, es eso lo que necesito
la eternidad pero no demasiado
la eternidad sin la cadena perpetua
la eternidad y luego un hoyo en la cerca

eso es lo que necesito
algunos bosquecillos y un par de fosos
en el azul de los bosques el azul oscuro
y la luz de los Indios que ilumina el camino
cuando no hay luz y no hay camino
eso es lo que necesito
vino pan y queso
una buena paja un gesto del cosmos
una pausa en mi día de descanso
mientras aprendo a hacer malabares
con las rocas de mis pensamientos
que todos los pequeños coágulos se pongan a girar
que todos se enrojezcan en este instante
sí, es eso lo que necesito
la eternidad pero no demasiado
la eternidad sin la cadena perpetua
la eternidad y luego un hoyo en la cerca

(Muer fait mal, Editorial LIGNE 19)

vendredi 17 mars 2017

bois de berge

pas toxicomane
pas prostituée
pas au point de traîner à longueur de journées avec des ex taulards portés sur la tise


ils kiffent sa silhouette longiligne
ils kiffent sa voix ultradouce et ses yeux créoles
beaucoup moins ses tournures de phrases élaborées


pas loin un cimetière wisigoth
pas loin une centrale hydraulique
pas loin une forêt alluviale
des saules blancs
des peupliers noirs
des strates et des strates d'herbes parmi lesquelles elle retrouve 

non pas le désir poétique de dieu
mais cet endroit secret dans sa tête où elle se sent toujours en sécurité

MUER FAIT MAL-recueil sorti aux éditions Ligne 19





furieusement souterrain /totalement choupinet

10 euros la version collector/ 6 euros la version simple ( + 1 euro 50 de frais de port )
 soit 20 pages de bluettes punkoides/de poésie écorchée douce
  à commander à heptanesfraxion@hotmail.fr

jeudi 2 mars 2017


Christelle

Christelle la petite quarantaine

son coeur
un dortoir à compter les oiseaux


sans anxiolytiques elle refait des liens qu'elle ne faisait plus

noces avec elle-même dans la contre-société qui la couronne

son père veut la conseiller
elle dit non

sa mère veut prier pour elle
elle dit non


son frère connaît quelqu'un qui
elle dit non 


elle dit non passqu'elle veut comprendre
elle dit non passque la famille n'est pas sainte
elle dit non passqu'il n'y a pas qu'une seule façon d'être une femme
et passque le seul dieu avec qui elle peut un peu discuter
c'est celui qui travaille à la malchance des cupides

dimanche 26 février 2017


là où il y avait ma vie

chuis triste
là où il y avait ma vie
il y a un trou maintenant
un trou défendu par les fonctionnaires
un trou protégé par la loi
une loi votée par la municipalité au profit des agences de la violence immobilière 


chuis triste et sereine
je lis beaucoup en ce moment
à l écart de tous
à l'écart de tout
et si je tousse encore un peu et que ça fait toujours un peu mal
j'ai quand même pris le temps de pirater leur putain d'électricité
le genre de truc qui va accélérer ma cicatrisation
je le sens bien
 

chuis triste et sereine et paresseuse
et encore prête à envoyer bouler toute ma bibliothèque pour aller scandaliser cinq minutes le monde parfait de la mafia légale qui s'enrichit à me précariser
à me criminaliser
à me rêver criblée de dettes
leur catéchisme médiatique me voudrait meuble qui respire
ils s'y emploient d'ailleurs comme je m'emploie à les contrarier
 

chuis triste et sereine et paresseuse et angoissée
il n'y a plus que moi maintenant par ici
moi et les oiseaux et les fenêtres brisées
et mes déplacements en scred dans les tunnels étoilés de la ligne zéro






nuit de la pleine lune à la Cave Poésie/janvier 2017/ photos Pénélope Corps

jeudi 19 janvier 2017

mots clefs n 42

quand ils bossent ils bossent
quand ils font la teuf ils font la teuf
révolution & hyperinflation
c'est pour ça que chuis restée moi
et c'est exactement pour ça que chuis partie
...Europe 
...Russie
...nouvel organigramme
...nouvel organisme de crédit
chuis ptêt un peu débile
mais vos normes j'en veux toujours pas

dimanche 1 janvier 2017

Thomas

Thomas
Il sait qu'il ne sait rien
Il n'en fait pas une habitude
Il n'en fait pas un mythe
Il n'a pas renoncé à l'expérimentation lui
contrairement à certains psychologues
à certains astrophysiciens
contrairement à Pierre-Yves son père
qui profite de son immense savoir pour lui refourguer discrètement les pires contre-vérités 
le ciel s'étoile par dessus les excavations du chantier
rémugle de boue et de ciment
qui charge l'air de substances illicites
Thomas s'amuse à s'ennuyer
à célébrer l'absence de but en se caressant le sexe
dans la toute mignonne petite culotte de son ex
et faisant ça
il se met plus ou moins à chialer
autant dire que l'ordre
qu'il soit religieux ou militaire ne l'intéresse pas plus que ça
autant dire qu'il se réserve bien des désagréments sur cette terre de relégation
Thomas demandeur d'emploi

jeudi 22 décembre 2016

nous et le logo de nos coeurs

il a tout du banquier
tout du gendre idéal
pantalon de velours grenat
chemise couleur crème
sauf que son ami imaginaire semble être un député centriste avec qui il parle au téléphone 
sauf que son téléphone portable est une banane en plastique

soliloque avec tout le monde
ou alors dialogue avec personne

il dit que les pyramides ne sont pas des tombeaux
que les archéologues nous mentent depuis des siècles
que certains artistes le savent bien qui ont le courage oui parfaitement le courage
de se ridiculiser en public
à la radio
il dit que le complot est gigantesque
que l'univers est un hologramme
et que grâce à des médias corrompus
l'oligarchie peut continuer à travailler tranquillement à nous trahir

nous l'humus
nous la vraie élite 
nous et le logo de nos coeurs
nous et nos maisons irréelles
nous et nos vies catastrophiques
nous
nous devons d'urgence réinitialiser nos rêves

il s'apprête à quitter la rame du tramway en prenant par la main sa valise-cabine
mais juste avant il se retourne
toujours aussi hâve de figure
et se fend d'une ultime assertion
qui n'est pas un clin d'oeil
qui n'est pas un rictus
qui n'est pas non plus un poing levé

n'écoutez aucun conseil
y compris celui-là

vendredi 16 décembre 2016

en marchant vite ça se verra pas (à Pénélope Corps)

...
...
...
si tu ne désires rien
tu ne sais rien
je l'ai rêvée cette phrase
écrite en espagnol
gravée au couteau
sur une planche à découper
moi je ne parle pas espagnol
moi je suis l'anomalie 
moi je suis la de suite suspecte
ou alors la voleuse d'amour
ou alors la petite abandonnée
ou alors la gamine hybride 
éduquée par les bois
et la mémoire des pierres
et l'amour de sa maman
déficience mentale
en marchant vite ça se verra pas
elle dit ça maman
je vois que ça moi
mon ourlet défait
et les mille milices scientifiques qui vont avec
souvent
souvent
tous les jours
à la même heure 
j'échoue sur la presqu'île
où les mots me mâchent
mais j'écris pas moi je marche et puis je crie
et puis je creuse la nuit avec mes doigts
et puis je me creuse moi
et puis plus rien
j'aime pas les poèmes putain
j'aime pas les poèmes qui parlent de poésie putain
<br>
<br>
trop tard

vendredi 2 décembre 2016

la ville fait des cercles

la ville fait des cercles
la ville est connue pour ça
la ville fait des cercles
ou alors c'est la nuit
ou alors c'est moi
fait toujours nuit avec moi
paraît-il
ou alors il pleut
ou alors les deux
et puis y a de la tendresse
et puis y a quelqu'un qui vomit
Loïc peut-être
célibataire sans ressource
ce soir il étouffe
peut-être à cause de Lucie
maman solo au smic
qui souffre souvent de spasmes
surbrillance du carrefour giratoire
les bus ne prennent plus de voyageurs
et les chiens la ferment enfin leurs gueules
tel un prince en exil
je sors de la supérette en m'éloignant
de l'haleine des gens
de leurs matchs
de leurs messes
et pars un peu rêver la vie

au bord du fleuve
un petit quart d'heure
épouser la rouille
et que soudain plus rien ne me manque

dimanche 27 novembre 2016

Patrick

il est artiste-peintre
se présente comme un païen
il vit dans des constructions modulaires
sur un immense terrain vague 
non loin de l'aéroport

il peint principalement des portraits
des portraits de poètes blancs si possible non-juifs
des portraits de dessinateurs de bandes dessinées 
ou de hauts fonctionnaires nazis
ou de la bassiste de Sister of Mercy 

il a du mal avec les femelles
il a du mal avec les métis
il ne croit pas au métissage
il ne croit pas à l'influence japonaise sur l'oeuvre de Vincent Van Gogh
il ne croit pas non plus que le plus ancien squelette d'hominidé
ait été retrouvé en Ethiopie 
propagande il dit
en reniflant trés fort
vraiment trés trés fort

il a également beaucoup de mal avec les prénoms
j'ai mis à peu prés trois ans avant de connaître le sien 
Patrick 

Patrick ne dit jamais bonjour
et quand quelqu'un lui dit bonjour
il répond
"on va dire ça"
en reniflant très fort
vraiment très très fort

il est super content que je sois désormais membre de la Sacem
(merci à Margot du groupe Delmar)
grâce à ça 
il est persuadé que je peux faire favorablement impression sur un éditeur

sinon il vient juste de finir une petite cabane pour que ses chats y puissent dormir cet hiver
et il les appelle comment ses quatre chats hein ?
ben les chats
Patrick a beaucoup de mal avec les prénoms

Mathilde

elle a de très bons gènes
elle en convient
elle n'en fait pas toute une histoire
même si elle fait super gaffe à son alimentation
peu de sucres
pas trop de glucides
et pas du tout de viande
un de ses grands plaisirs dans la vie
c'est de traîner en pyjama de flanelle 

et d'explorer la bibliographie de Margaret Atwood en croquant quelques morceaux de chocolat à la lavande
l'argent n'a jamais été un moteur pour elle
en revanche l'indépendance financière a toujours été une priorité
elle a parfois eu de la chance
elle a parfois été bien inspirée
mais c'est d'abord son ardeur au travail ainsi que sa créativité qui lui ont permis d'apprendre rapidement de ses erreurs
la drogue l'alcool la flambe
les mecs persuadés de coucher avec elle simplement grâce à leurs belles gueules
elle a très vite trouvé ça sordide
et dans son milieu
beaucoup ont trouvé ça sordide
qu' elle puisse trouver ça sordide
l'humanité est tellement insipide
qu'elle étudie le moindre contrepoint qui lui paraît rafraîchissant
elle n'est pas vraiment inquiète de sa date d'expiration
non pas vraiment inquiète
car elle aime toujours autant s'instruire et ne porte jamais de culotte