jeudi 19 janvier 2017

mots clefs n 42

quand ils bossent ils bossent
quand ils font la teuf ils font la teuf
révolution & hyperinflation
c'est pour ça que chuis restée moi
et c'est exactement pour ça que chuis partie
...Europe 
...Russie
...nouvel organigramme
...nouvel organisme de crédit
chuis ptêt un peu débile
mais vos normes j'en veux toujours pas

dimanche 1 janvier 2017

Thomas

Thomas
Il sait qu'il ne sait rien
Il n'en fait pas une habitude
Il n'en fait pas un mythe
Il n'a pas renoncé à l'expérimentation lui
contrairement à certains psychologues
à certains astrophysiciens
contrairement à Pierre-Yves son père
qui profite de son immense savoir pour lui refourguer discrètement les pires contre-vérités 
le ciel s'étoile par dessus les excavations du chantier
rémugle de boue et de ciment
qui charge l'air de substances illicites
Thomas s'amuse à s'ennuyer
à célébrer l'absence de but en se caressant le sexe
dans la toute mignonne petite culotte de son ex
et faisant ça
il se met plus ou moins à chialer
autant dire que l'ordre
qu'il soit religieux ou militaire ne l'intéresse pas plus que ça
autant dire qu'il se réserve bien des désagréments sur cette terre de relégation
Thomas demandeur d'emploi

jeudi 22 décembre 2016

nous et le logo de nos coeurs

il a tout du banquier
tout du gendre idéal
pantalon de velours grenat
chemise couleur crème
sauf que son ami imaginaire semble être un député centriste avec qui il parle au téléphone 
sauf que son téléphone portable est une banane en plastique

soliloque avec tout le monde
ou alors dialogue avec personne

il dit que les pyramides ne sont pas des tombeaux
que les archéologues nous mentent depuis des siècles
que certains artistes le savent bien qui ont le courage oui parfaitement le courage
de se ridiculiser en public
à la radio
il dit que le complot est gigantesque
que l'univers est un hologramme
et que grâce à des médias corrompus
l'oligarchie peut continuer à travailler tranquillement à nous trahir

nous l'humus
nous la vraie élite 
nous et le logo de nos coeurs
nous et nos maisons irréelles
nous et nos vies catastrophiques
nous
nous devons d'urgence réinitialiser nos rêves

il s'apprête à quitter la rame du tramway en prenant par la main sa valise-cabine
mais juste avant il se retourne
toujours aussi hâve de figure
et se fend d'une ultime assertion
qui n'est pas un clin d'oeil
qui n'est pas un rictus
qui n'est pas non plus un poing levé

n'écoutez aucun conseil
y compris celui-là

vendredi 16 décembre 2016

en marchant vite ça se verra pas (à Pénélope Corps)

...
...
...
si tu ne désires rien
tu ne sais rien
je l'ai rêvée cette phrase
écrite en espagnol
gravée au couteau
sur une planche à découper
moi je ne parle pas espagnol
moi je suis l'anomalie 
moi je suis la de suite suspecte
ou alors la voleuse d'amour
ou alors la petite abandonnée
ou alors la gamine hybride 
éduquée par les bois
et la mémoire des pierres
et l'amour de sa maman
déficience mentale
en marchant vite ça se verra pas
elle dit ça maman
je vois que ça moi
mon ourlet défait
et les mille milices scientifiques qui vont avec
souvent
souvent
tous les jours
à la même heure 
j'échoue sur la presqu'île
où les mots me mâchent
mais j'écris pas moi je marche et puis je crie
et puis je creuse la nuit avec mes doigts
et puis je me creuse moi
et puis plus rien
j'aime pas les poèmes putain
j'aime pas les poèmes qui parlent de poésie putain
<br>
<br>
trop tard

vendredi 2 décembre 2016

la ville fait des cercles

la ville fait des cercles
la ville est connue pour ça
la ville fait des cercles
ou alors c'est la nuit
ou alors c'est moi
fait toujours nuit avec moi
paraît-il
ou alors il pleut
ou alors les deux
et puis y a de la tendresse
et puis y a quelqu'un qui vomit
Loïc peut-être
célibataire sans ressource
ce soir il étouffe
peut-être à cause de Lucie
maman solo au smic
qui souffre souvent de spasmes
surbrillance du carrefour giratoire
les bus ne prennent plus de voyageurs
et les chiens la ferment enfin leurs gueules
tel un prince en exil
je sors de la supérette en m'éloignant
de l'haleine des gens
de leurs matchs
de leurs messes
et pars un peu rêver la vie

au bord du fleuve
un petit quart d'heure
épouser la rouille
et que soudain plus rien ne me manque

dimanche 27 novembre 2016

Patrick

il est artiste-peintre
se présente comme un païen
il vit dans des constructions modulaires
sur un immense terrain vague 
non loin de l'aéroport

il peint principalement des portraits
des portraits de poètes blancs si possible non-juifs
des portraits de dessinateurs de bandes dessinées 
ou de hauts fonctionnaires nazis
ou de la bassiste de Sister of Mercy 

il a du mal avec les femelles
il a du mal avec les métis
il ne croit pas au métissage
il ne croit pas à l'influence japonaise sur l'oeuvre de Vincent Van Gogh
il ne croit pas non plus que le plus ancien squelette d'hominidé
ait été retrouvé en Ethiopie 
propagande il dit
en reniflant trés fort
vraiment trés trés fort

il a également beaucoup de mal avec les prénoms
j'ai mis à peu prés trois ans avant de connaître le sien 
Patrick 

Patrick ne dit jamais bonjour
et quand quelqu'un lui dit bonjour
il répond
"on va dire ça"
en reniflant très fort
vraiment très très fort

il est super content que je sois désormais membre de la Sacem
(merci à Margot du groupe Delmar)
grâce à ça 
il est persuadé que je peux faire favorablement impression sur un éditeur

sinon il vient juste de finir une petite cabane pour que ses chats y puissent dormir cet hiver
et il les appelle comment ses quatre chats hein ?
ben les chats
Patrick a beaucoup de mal avec les prénoms

Mathilde

elle a de très bons gènes
elle en convient
elle n'en fait pas toute une histoire
même si elle fait super gaffe à son alimentation
peu de sucres
pas trop de glucides
et pas du tout de viande
un de ses grands plaisirs dans la vie
c'est de traîner en pyjama de flanelle 

et d'explorer la bibliographie de Margaret Atwood en croquant quelques morceaux de chocolat à la lavande
l'argent n'a jamais été un moteur pour elle
en revanche l'indépendance financière a toujours été une priorité
elle a parfois eu de la chance
elle a parfois été bien inspirée
mais c'est d'abord son ardeur au travail ainsi que sa créativité qui lui ont permis d'apprendre rapidement de ses erreurs
la drogue l'alcool la flambe
les mecs persuadés de coucher avec elle simplement grâce à leurs belles gueules
elle a très vite trouvé ça sordide
et dans son milieu
beaucoup ont trouvé ça sordide
qu' elle puisse trouver ça sordide
l'humanité est tellement insipide
qu'elle étudie le moindre contrepoint qui lui paraît rafraîchissant
elle n'est pas vraiment inquiète de sa date d'expiration
non pas vraiment inquiète
car elle aime toujours autant s'instruire et ne porte jamais de culotte


COLLECTION METEQUE :TOSHIHIRO OKADA.

Le livre de Jean-François Dalle est un chef d'oeuvre collectif. Orchestré d'une main puissante et caressante, il donne à voir les photographies hallucinantes, bouleversantes, grinçantes, mouvantes de Toshihiro Okada (black opal), artiste inconnu au Japon - C'est pourquoi ce livre fera date (ou devrait faire date) dans l'histoire de l'art. Accompagnant les photos, quelques textes (onze auteurs) ouvrent des perspectives, les ferment, clouent le bec aux tartineurs modernes par l'économie des mots, les phrases qui claquent comme portes en fer. Dans les noirs et blancs de Jean-François Dalle et d'Okada, ce sont les formes du monde qui se mélangent, aspirées, déplacées, laissent un bon gros noir profond derrière. Tout à redessiner dans un sourire édenté. Avec des textes de Marlene Tissot, Léonel Houssam, Séverine Castelant, Heptanes Fraxion, Nadine Jannsens, Marianne Maury Kaufmann, Werner Moron, Geneviève Paclerc, Thomas Vinau, Clemence Rose, Nicolas Albert G.
42 euros ? un cadeau vu le travail, l'objet. Un peu comme un coffret deluxe du velvet underground qui aurait été acheté en 66, voilà ce que j'en dis.
Disponible sur commande sur http://www.revuemeteque.com/static/collection-meteque/
Soirée de lancement le 29 novembre à la librairie Libres Champs Léa dans le 6ème arrondissement parisien:
https://www.facebook.com/events/170860840041366/


NAG

dimanche 13 novembre 2016

ça et la gentillesse

les ténèbres s'éteignent
brume autour de la loupiote
brume tout autour
l'océan est loin pourtant
mais grâce à un spray nasal à base d'eau de mer
ma cuisine devient cambuse
et mon balcon devient bastingage
et mon appart un putain de rafiot
les ténèbres s'éteignent
je me suis rasé le crâne
j'ai fait un bout de vaisselle
j'ai descendu les poubelles
et puis j'ai quitté mon couple définitivement
les ténèbres s'éteignent
ce matin le mail est luisant de rosée
où craquent les feuilles comme des chips
je pense arbre généalogique
je pense branche morte
je pense à moi
la solitude produit son propre vin
une pure merveille que je savoure
çà et là
ça et la gentillesse des filles peu recommandables
ça et la gentillesse
les ténèbres s'éteignent

dimanche 6 novembre 2016

pluie sur le ballast

pluie sur le ballast
pluie sur le ballast en attendant ma correspondance en autocar
à Carmaux
dans la cour de la gare 


comme c'est trop bien
j'ai pas les mots
ni les bons ni les gros
Gwenn oui
qui veut pendre avec leurs tripes
tous les épiciers et autres radins du coeur
du genre motards
du genre connards enflés d'orgueil
du genre littérateurs
et dans la foulée cramer les écoles où on n'apprend plus qu' à obeir
à part ça
elle me remercie de l'avoir laissée délirer avec le clitoris de mes seins
je gueule un peu pour la forme
mais pour de faux
passqu'en fait chuis ému
hého et mes pectoraux alors?
oui ça aussi
elle me dit Gwenn la gouine
et j'entends feuler son sourire au téléphone
fusée qui déclenche autour de moi cinq bonnes minutes d'aurore
feu sans feu
alors que la nuit saute en parachute
et tombe au ralenti
pluie sur le ballast
pluie sur le ballast
en attendant ma correspondance en autocar
à Carmaux
dans la cour de la gare


les feuilles mortes me torchent le coeur
...
...

MA GUEULE VU PAR REALPOETIK

Heptanes Fraxion:
Vieux de la vieille, du genre à avoir déjà invoqué les mânes de Cendrars sur Minitel.
Pense que la poésie aujourd’hui c’est sur des blogs obscurs, et le met en pratique.
Publications en revues (Métèque, le Cafard Hérétique, etc).
A développé, comme ça, en douce, une des voix les plus reconnaissables de la poésie contemporaine. Comme si ça allait de soi.


REALPOETIK




REALPOETIK N 8


(photo:Elodie)
Jim Floyd / Heptanes Fraxion  (photo: Séverine Castelant )



VIOLENCES # 1

                                    à commander chez luna_beretta@outlook.fr